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14/07/2018

Un printemps en région parisienne 2018 VII - japonisme...

Bon, certes, Giverny n'est pas en région parisienne mais juste à côté, et c'est l'endroit où les parisiens peuvent se rendre en deux coups de volant et une demi-journée alors... Le musée des Impressionnismes continue à alterner expositions monographiques réussies (Caillebotte, Sorokla, Manguin...) et thématiques moins convaincantes (Tintamarres et désormais Japonisme).

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Commençons par le principal défaut de l'exposition qui tient au concept même du musée : une partie du propos est biaisé par le fait de de parler que des impressionnistes et de leurs successeurs divisionnistes et nabis. La passion pour l'art japonais commence avant l'impressionisme et inspire depuis des années les arts décoratifs. Et il est pénible de lire sur chaque panneau à quel point ces artistes ont été novateurs et différents...

 

Ainsi les "impressionnistes" (et peut-on vraiment utiliser ce terme pour De Nittis, Chase ou Helleu ?) n'ont pas été les seuls à peintre éventails et femmes en kimono (salle 1), à collectionner estampes japonaises et à les représenter dans les décors de portraits (salle 2) et plus globalement à être inspirés par elles dans leurs compositions, traits ou motifs. On notera d'ailleurs qu'il n'est pas forcément évident de voir l'influence du japonisme dans certaines œuvres et que les cartels ne nous expliqueront jamais pourquoi avoir choisi de les présenter.

 

Il y a cependant beaucoup de très belles choses à voir comme un mur orné de quatre superbes paysages de Cross et Signac, un autre avec des portraits par Manet, van Rysselberghe, Morisot et Valtat (impressionniste ? Vraiment ?) ou encore celui avec des paysages de Monet. J'ai en revanche été moins convaincu par l'estampe "impressionniste" à part  par Cassatt et Henri Rivière ainsi que par les -bien trop nombreuses à mon goût- peintures nabis. Bref, un propos pas très clair mais de belles œuvres venues souvent de collections privées ou étrangères donc peu vues...

 

Japonismes / Impressionnismes, musée des Impressionnismes, Giverny, jusqu'au 15 juillet

12/07/2018

Un printemps en région parisienne 2018 VI - Viollet le duc

Si les expositions du musée Lambinet sont naturellement moins prestigieuses et fréquentées que celles du très proche château de Versailles, elles sont néanmoins souvent très intéressantes. Après Georges Gasté et sa vision de l'Orient, c'est aux dessins de Viollet-le-duc d'être une très belle découverte.

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Au cours de ses nombreux voyages, le célèbre architecte et restaurateur va donc s'adonner au dessin avec une technique extraordinaire. Et si l'exposition présente quelques croquis au crayon, ce sont surtout des gouaches, lavis et pastels très finis et pas franchement des esquisses que l'on peut admirer.

 

Si les grands panoramas réalisés pour la publication de son ouvrage sur le Mont-Blanc sont surtout d'une incroyable précision topographique, les autres œuvres, la plupart des vues de montagne, montrent un sentiment profond de la nature et en magnifie la force. J'y ai ressenti les mêmes sensations que lorsque, pendant une randonnée, un paysage majestueux s'offre soudain à vous.  Une simple cabane en contre-bas prend alors une incroyable poésie.

 

Et comme le musée Lambinet a eu l'excellente idée de présenter comme point de comparaison des œuvres de ses contemporains avec des styles très divers (Ricois, Renoux, Isabey, Hervier, Ciceri, Coigniet, Shotter Boys...), on prend énormément de plaisir à tourner et retourner dans les salles. Il faut se dépêcher car l'exposition ferme à la fin de la semaine et on en profitera pour monter au deuxième étage découvrir deux superbes fusains de vieilles maisons normandes dans la petite salle présentant par roulement des œuvres sur papier.

 

Viollet-Le-Duc, voyageur, musée Lambinet, Versailles, jusqu'au dimanche 15 juillet 2018

10/07/2018

Un printemps en région parisienne 2018 V : des marines !

Le musée Daubigny à Auvers-sur-Oise présente une exposition sur le thème des marines organisée autour de l'artiste qui donne son nom au musée. Si le thème peut paraître passionnant, ni les quelques panneaux ni les cartels n'arriveront malheureusement à expliciter le but de l'exposition. Et comme il n'y a pas eu de catalogue publié...

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On peut ainsi voir deux œuvres de Charles François Daubigny et quatre de son fils Karl ainsi que bon nombres des paysagistes du courant «moderne » : Corot, Boudin, Huet, Cals, Dupré..., les peintres vraiment spécialisés dans les marines n'étant représentés que par Jules Noël et Eugène Isabey. L'exposition semble hésiter entre organisation par région et par thème, présentant même des oeuvres comme le déjà beaucoup vu Honfleur, le repas à Saint Siméon de Dubourg n'étant que de très très loin des "marines".

 

Si l'on a du mal à percevoir le propos de l'exposition, cela n'empêche pas de voir de nombreuses oeuvres de très belle qualité, souvent venues de collections privées ou peu vues : un superbe Courbet, marine par temps d'orage, deux rares vues du Mont St Michel par le trop jeune disparu Michallon et le plutôt méconnu Louis Auguste Mellé, de très beaux Auguste Boulard père, quasi-expressionnistes, de très belles petites huiles du peu connu Paul Jouanny et surtout deux sublimes Antoine Guillemet, Morsalines et Anse du cul-du-loup. Bref, on n'apprend pas forcément grand chose, mais les yeux se font plaisir !

 

Impressions marines, musée Daubigny, Auvers-sur-Oise, jusqu'au 26 août 2018

07/07/2018

Un printemps en région parisienne 2018 IV : Gustave Loiseau

La peinture est pleine de charmants petits maîtres plus ou moins oubliés. Et si les musées parisiens ont souvent un peu trop tendance à se contenter des poids lourds de l'histoire de l'art pour attirer les foules (encore bravo au Petit Palais pour avoir une politique un peu plus ambitieuse), ceux de banlieue et de province n'hésitent jamais à remettre en lumière des artistes moins connus en particulier quand ils ont un encrage local.

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Soyons tout de suite clair, Gustave Loiseau (1865 - 1935) ne mérite sans aucun doute pas d'être dans un abrégé d'histoire de l'art. Mais cela n'est pas une raison pour ne pas se rendre à Pontoise voir l'exposition qui lui est consacré. Si la toile la plus ancienne (l'exposition n'est pas chronologique mais par sites représentés) montre l'influence tardive de l'école de Barbizon, sans doute par l'intermédiaire de son maître Fernand Quignon, il va très vite adopter une touche impressionniste et se lancer comme beaucoup de jeunes artistes dans l'aventure de l'avant-garde. Il se rend comme son maître plusieurs fois à Pont-Aven et adopte un temps vers 1905/10 une manière plus proche des nabis et des fauves avant de revenir à un impressionnisme plus classique.

 

Peut-on alors vraiment parlé à son sujet de post-impressionnisme comme on peut souvent le lire ? A mon sens pas vraiment tant il semble prolonger assez tard dans le siècle un style inspiré essentiellement de Monet et Pissaro bien loin des recherches plus « modernes ». Comme ses amis Mauffra et Moret, il propose souvent un impressionnisme apaisé et décoratif. Les sites représentés sont souvent bien connus (Pontoise où il s'installa, Le Havre, Dieppe, Etretat...) ; les points de vue agréablement choisis mais fort classiques ; le coloris est vibrant. Cela donne de très jolies toiles (les vues de villes peuplées ne sont en revanche pas très heureuses), venues en grande majorité de collections privées (donc qu'on n'est pas près de revoir), à défaut d'avoir énormément d'ambition.

 

Les musées de Pontoise nous font découvrir un charmant petit maître, et c'est déjà beaucoup. Alors on y fonce, ça ferme demain !

 

Gustave Loiseau, paysages d'Ile de France et de Normandie, Musée Camille Pissaro, Pontoise, jusqu'au 8 juillet.

03/07/2018

Un printemps en région parisienne 2018 III : Port-Royal

Loin des foules parisiennes (il faut dire que le lieu n'est pas très bien indiqué au milieu de la campagne...), le musée de Port-Royal des Champs organise de très intéressantes expositions même si elles sont un peu limitées par la relative exiguïté des salles. Celle actuellement consacré aux dessins français du XVII° du musée d'Orléans ravira les amateurs.

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Certes la plupart de nombreux "grands noms" (Le Lorrain, Poussin, Vouet, Champaigne, Le Sueur) sont absents ou présents uniquement par des copies ou œuvres de l'atelier, même si on trouve aussi des artistes de premier plan comme La Hyre, La Fosse ou Pierre Mignard, mais du coup c'est l'occasion de découvrir des planches d'artistes moins souvent vus et donc de faire mieux connaître et étudier le fonds de dessins du musée avec l'objectif de mieux préciser les attributions. Le petit couloir entre les deux salles montrent ainsi des œuvres encore anonyme ainsi que des copies plus tardives, preuve de l'importance du dessin dans la formation des artistes et un mur présente quelques œuvres désormais données à l'école italienne (dont un donné à Lanfranco), montrant les difficultés pour attribuer.

 

Parmi les œuvres allant du début du XVII° (très beau Christ devant Hérode encore maniériste de Georges Lallemand) à sa toute fin (un artiste comme Nicolas Bertin a été surtout actif au début du siècle suivant), j'ai particulièrement été sensible aux quatre La Hyre (Assomption, St Luc, St Grégoire Prophète), à Lafage (La glorification de St Thomas d'Aquin)), à Levieux (deux très belles Vierge à l'enfant) mais surtout trois beaux ensemble d'Arnould de Vuez qu'il est rare de voir loin du Nord où il a travaillé, de François Verdier, le fidèle élève de Le Brun et superbe dessinateur ainsi que d'Antoine Dieu dont les deux sanguines sont remarquables. Les amateurs de dessins peuvent aller se régaler jusqu'à la mi-juillet !

 

Traits divins, dessins français du musée d'Orléans XVII°, musée national de Port-Royal de Champs, jusqu'au 15 juillet 2018

25/06/2018

Un printemps en région parisienne 2018 II : Théodore Deck

Si l'exposition du musée de Courbevoie ne correspond pas forcément au titre de ce blog (il y a cependant un très intéressant Atelier des céramistes de Edouard Dammouse), elle mérite néanmoins que j'en dise quelques mots.

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Si je ne suis pas un grand amateur de faïences, il faut reconnaître que j'ai beaucoup aimé les oeuvres de Théodore Deck. Outre le fait que ses recherches sur la céramique renaissance, orientale ou asiatique lui ont permis d'obtenir une grande variété de teintes et d'aspects, le fait d'avoir collaborer avec de nombreux artistes contemporains (Lachenal, Ehrmann, Anker, Collin, Legrain, Reiber, Steinheil, Chéret, Gluck...) donne un côté très pictural à sa production.

 

Organisé autour de ce qu'il reste du décor de l’Orangerie du parc de Bécon que le musée vient de faire restaurer, l'exposition présente un bel ensemble de pièces essentiellement venues du musée Deck à Guebwiller et mérite vraiment qu'on y fasse un tour. Et vite, elle ferme dimanche prochain...

 

Théodore Deck (1823-1891), les Quatre saisons, décor de l’Orangerie du parc de Bécon, musée Roybet - Fould à Courbevoie, jusqu'au 1er juillet 2018

23/06/2018

Un printemps en région parisienne 2018 I : les Dubufe

Toujours très actif sur les peintres ayant un rapport direct avec la ville de St Cloud (on se rappelle des très belles expositions sur les Duval Le Camus père et fils, Edouard Dantan ou Gaston Latouche), le musée des Avelines présente pour encore quelques jours la « dynastie » Dubufe ce qui permet d'évoquer (en partie) l'évolution de la peinture au cours du XIX° siècle (surtout pour le portrait).

 

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Elève de David, Claude-Marie Dubufe ( 1790 – 1864 ) occupe les deux premières salles. Dans la première on découvre des portraits de format moyen et plutôt intime (saisissant autoportrait de jeunesse) encore très marqués par son maître mais également une scène de genre (deux petits savoyards) faisant regretter qu'il ne s'y soit pas plus consacré. Ses peintures d'histoire, sans doute trop volumineuses ne sont qu'évoquées. La deuxième est une superbe réunion de grands portraits d'apparats qui firent sa réputation. On y voit son style évoluer d'un néo-classicisme un peu rigide et austère à la suite du baron Gérard vers une version somptueuse mais adoucie du portrait ingresque. Si les étoffes et les mains (entre autres) y sont peintes avec brio, cela reste un peu superficiel et dénué d'émotion, à part dans le brillant portrait de son fils et de sa belle-fille.

 

Présent dans la salle précédente avec un portrait de sa femme qu'on peut ainsi comparer à celui de son père, Edouard Dubufe ( 1819 – 1889 ) occupe l'intégralité de la grande salle 3 avec ce qui fit sa gloire : les portraits ! Les dames y sont belles et élégantes avec des robes somptueuses aux drapés fantastiques, d'abord dans un ingrisme mesuré hérité de son père et de son autre maître Delaroche puis dans une chatoyance second-empire qui en fit le grand rival de Winterhalter (portrait de l'impératrice). Plus personnels, le célèbre portrait de Rosa Bonheur représentée avec son « animal fétiche » et le portrait de Rachel dans le rôle de Camille pas si éloigné de Chassériau montre un artiste loin de n'exceller que dans le portrait mondain, comme le montre aussi ses deux portraits d'homme plus tardifs, puissants et expressifs. Ses tableaux d'histoire ne sont évoqués que par une esquisse sur le fils prodigue qui donne envie d'en voir plus.

 

S'il fut élève de son père, Guillaume Dubufe (1853 - 1909 ) ne fut pas essentiellement portraitiste (mais se montre très sensible dans des portraits familiaux au crayon et à l'aquarelle comme à l'huile) mais fut un des grands décorateurs officiels (Elysée, Comédie Française, restaurant de la gare de Lyon...) de la fin du XIX°, sans doute inspiré par son autre maître Alexis-Joseph Mazerolle. Outre des dessins et esquisses préparatoires pleines de brio et de couleurs pour différents projets, on peut admirer deux petits paysages et des illustrations où il ne se montre pas très éloigné d'un Luc-Olivier Merson.

 

Le musée de St Cloud nous propose donc une formidable occasion de découvrir un peu mieux une famille d'artiste dont les œuvres sont disséminées (et pas toujours montrées) dans nos musées et de montrer une partie de l'évolution de la peinture officielle au XIX°. Il est juste dommage qu'il n'ait pas eu la possibilité de faire de même pour leurs grands tableaux d'histoire.

 

Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe, la peinture en héritage, St Cloud, musée des Avelines, jusqu'au 24 juin 2018