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16/01/2022

Dans l'atelier de Roybet

Si l'exposition Dans l'atelier de Ferdinand Roybet n'est qu'une exposition dossier sur deux petites salles (accompagnée de changements dans l'accrochage des autres salles), elle permet néanmoins aux habitués du musée de Courbevoie de se faire une idée un peu plus précise, en présentant des peintures et dessins que je n'y avais jamais vu accrochés jusqu'ici, d'un artiste célèbre en son temps dont on se prend à rêver d'une grande rétrospective un jour.

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On découvre ainsi des œuvres de ses années de formation à Lyon (Le petit savoyard, La jeune fermière), de son séjour en Algérie (Femme d'orient dans son intérieur et plusieurs dessins), un somptueux Gentilhomme à la cape verte et à la rapière (portrait du graveur Charles Waltner), des gravures et un bel ensemble dessins où Roybet se montre grand dessinateur aussi bien au fusain (très beau Portrait d'homme), à la pierre noire (Charles Waltner), au crayon graphite (Le joueur d'échecs) qu'au lavis (Scène de joueur, Luthier sans son atelier).

 

Dans les autres salles, parmi les œuvres que je n'avais jamais vu dans mes passages précédents au musée, on note un Courbevoie pendant les inondations de 1910 de Auguste Durst, artiste grandement oublié sur lequel on en découvrira plus ici, un curieux Retour des cendres de Napoléon Ier à Courbevoie par François Fortuné Antoine Ferogio, la très symboliste Semeuse d'étoiles de Consuelo Fould ou le Masque mortuaire de Carpeaux par Jean Marie Rollion. Comme toujours une visite au musée Roybet-Fould de Courbevoie est une grande source de découvertes...

 

Dans l'atelier de Ferdinand Roybet, Courbevoie, musée Roybet-Fould, jusqu'au 30 juin 2022.

31/12/2021

Les réserves de nos musées ont du talent

L'un dans l'Eure, l'autre dans l'Oise, deux de nos "petits" musées de province / banlieue présentent des expositions  avec des œuvres sorties de leurs réserves. Et ce sont de grandes réussites.

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Le musée de Vernon nous présente donc des paysages d'"ici" confrontés à des œuvres d'"ailleurs" (armes venues d'Afrique, gravure d'objets asiatiques). Si certaines œuvres ont déjà été vues car parfois accrochées aux cimaises des collections permanentes (l'étonnante Marine de Charles Lacoste, le très beau Paysage à marée basse de Karl Daubigny ou la magnifique Route dans la montagne de Rosa Bonheur) d'autres sont pour moi inédites. Une série de petites esquisses sur le mont St Michel de Louise-Denise Damasse, des aquarelles à la composition originale de Arthur Bourdillat et Roger Reboussin, une Montagne de Paul Jouve surtout connu comme peintre animalier, une Tête d'homme de l'orientaliste Eugene Girardet ou une charmante petite huile Sur la plage en Bretagne de Adolphe Ernest Gumery... Et l'exposition est surtout l'occasion de voir une grosse partie des fonds Georges Paul Leroux et Paul Jouanny que possède le musée (qui présente souvent une ou deux œuvres de chaque artiste). Célèbre comme décorateur de son vivant, le premier se montre un paysagiste sensible et ses vues de carrières sont étonnantes. Très méconnu mais présent régulièrement ces derrières années dans les expositions sur les vues de la Seine, le deuxième est un paysagiste qui mérite vraiment d'être redécouvert aussi bien pour ses vues d'Île-de-France que du sud de la France.

 

Le musée de Pontoise a lui sorti de ses réserves les carnets de Ludovic-Rodo Pissarro le quatrième fils de Camille Pissaro. Certains sont présentés dans des vitrines tandis que les murs sont ornés de différentes aquarelles. Vues de Bretagne, de Normandie, de Paris, de Pontoise, du sud de la France, d'Angleterre mais aussi croquis des élégantes et de la vie parisienne, caricatures familiales... les thèmes sont aussi variés que les techniques (crayon, encre, aquarelle...). Rodo fait preuve d'une grande sensibilité pour saisir le pittoresque de la ville ou le calme de la nature ainsi que d'un sens aigu pour croquer les travers de la société (et de ses proches). Une magnifique découverte qui donne envie d'en savoir plus sur un des moins connus des fils Pissaro. Si le catalogue est très bien illustré (on peut voir notamment d'autres dessins de certains carnets), il est malheureusement très pauvre en essais...

 

Ici et ailleurs, voyages à travers les collections du musée de Vernon, musée de Vernon, jusqu’au 9 janvier 2022

Les Carnets de dessin de Ludovic-Rodo Pissarro, musée Pissaro, Pontoise, jusqu'au 24 février 2022

26/12/2021

L'orientalisme à Nemours

Comme l'avait montré la médiocre exposition L'Orient des peintres au musée Marmottan il y a deux ans, faire une exposition généraliste sur un thème aussi vaste aussi bien dans ses sujets, dans le style des artistes que dans sa période temporelle que l'Orientalisme est une gageure. Pari pourtant parfaitement réussi par le château-musée de Nemours.

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Ne pas chercher l'exhaustivité mais ouvrir des pistes ; ne pas vouloir montrer de chef d’œuvres mais des œuvres marquantes et rares ; montrer des œuvres peu vues de grands maîtres et d'autres de maîtres peu souvent vus ; ne pas sombrer dans le cliché de l'orientalisme du cliché (très petite section sur harem et odalisque) pour privilégier les artistes ayant eu une vraie affection pour leur découverte de l'Orient ; l'exposition ne fait aucune faute de goût. Et si aucune des sections (campagne d’Égypte, découverte de l'Algérie, scènes de vie quotidienne, animaux...) ne peut bien entendu être très développée, la présence de deux d'entre elles sur Orientalisme et peinture d'histoire / religieuse (avec l'extraordinaire Ismaël de Virginie Demont-Breton) ainsi que le portrait orientaliste (magnifique Mendiant aveugle de Paul Leroy) donne envie que des musées consacrent de vraies expositions à ces deux thèmes.

 

Si Ingres, Gérôme et Delacroix ne sont représentés que par une gravure et Decamps par un dessin, on découvre deux peintures de Girodet et des œuvres peu vues d'orientalistes aussi importants que Fromentin, Tournemine, Ziem, Dinet, Bergère, Marilhat, Landelle, Léon Belly ou Bouchor. Parmi les belles surprises, deux charmants et colorés Alexis Auguste Delahogue jamais vus jusqu'ici au musée de Melun, un très moderne dans sa facture Gardien de la mosquée de Charles Dagnac-Rivière (jusqu'ici pour moi inconnu) qui contraste avec la très académique Suleika femme du Caire de Louis Édouard Fournier, les belles du harem d'Alfred Chataud très éloigné du voyeurisme habituel de ce genre de scène, une superbe aquarelle du port d'Alger de l'anglais William Wyld ainsi qu'un très bel ensemble du peintre nemourien (il fut conservateur du musée et un artiste à succès) Ernest Marché qui fait preuve d'une grande sensibilité dans ses paysages.

 

Bref, je ne peux que conseiller aux parisiens l'heure de train pour se rendre à Nemours...

 

Rêve d'Orient, château-musée de Nemours, jusqu'au au dimanche 27 mars 2022.

23/12/2021

Napoléon à Fontainebleau

Parmi les très nombreuses expositions consacrées à Napoléon pour le 200ème anniversaire de sa mort, il y a eu de tout : de l’indispensable (Invalides et Gobelins), du tape-à-l’œil insupportable (La Villette), du très spécialisé franchement austère (la Monnaie)... Celle que lui consacre le château de Fontainebleau est fort intéressante mais laisse un peu sur sa faim : il faudra sans doute lire le catalogue pour en savoir vraiment plus sur la présence de l'empereur et les aménagements qu'il a pu y faire faire.

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Après une version du portrait en costume de sacre par Robert Lefevre, on découvre donc différents projets (réalisés ou non ) des architectes Fontaine, Percier et Hurtault afin de transformer le château pour les besoins et les gouts de l'empereur, des meubles et des peintures qui y ont été installé... Si les dessins d'architectures sont splendides, il y a peu d’œuvres vraiment marquantes dans l'exposition. On notera la série d'aquarelles de ou d'après Giuseppe Pietro Bagetti représentant la campagne d'Italie, les quatre allégories d'Antoine François Callet, le Triomphe de Galatée de François Van Loo ou les 12 esquisses pour le décor de la voûte de la galerie de Diane par Jean Baptiste Debret.

 

Et puis il ne faut surtout pas oublier au tout début de la visite du château d'aller voir la petite salle consacrée aux chiens de Louis XV par Jean Baptiste Oudry (qui complète bien la visite de l'exposition sur les animaux du roi à Versailles) qui présente au milieu du superbe Cadet et Hermine acquis récemment par le château les cinq autres tableaux de la série que possède Fontainebleau. Un régal !

 

Un palais pour l'Empereur. Napoléon 1er au château de Fontainebleau, château de Fontainebleau, jusqu'au 3 janvier 2022

05/12/2021

A l'ENSBA...

Les expositions du cabinet Jean Bonna à l'ENSBA de Paris bien que petites (une trentaine d’œuvres) sont toujours l'occasion de découvrir des feuilles exceptionnelles. Si Dessiner la lettre, écrire le dessin ne déroge pas à cette règle, il faut bien reconnaître que son propos (les écritures sur le dessin) n'est pas forcément très clair, le rapport entre un simple monogramme et une description complète n'apparaissant pas forcément évident (mais le catalogue m'éclairera peut-être)...

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Dans tous les cas il faut venir pour admirer quelques rares dessins anciens : une Tête d'homme barbu et un Couple de paysans dansant d'Urs Graf, un Hercule et Omphale de Baldung-Green, une étude pour le triptyque de Notre-Dame des sept douleurs de Pieter Pourbus ou deux Jan Verbeeck. Mais aussi des curiosités comme un écorché du sculpteur Triqueti, des études de costume de Véronèse, un projet de plafond de Charles de la Fosse ou les scènes ne sont que mentionnées à l'écrit ou la figure de Minos d'après Michel-Ange par Carpeaux.

 

Et parmi les feuilles plus classiques, difficiles de ne pas s'arrêter longuement devant la superbe Cascade des jardins de la villa Aldobrandini à Frascati de Natoire, la Vue du Tempietto de San Pietro in Montorio d'Hubert Robert, les deux études pour l'église Sainte Sabine à Rome de Federico Zucarri, le Portrait de femme de Puvis de Chavanne ou la Muse Terpsichore d'Eustache Le Sueur. Comme d'habitude, un régal à l'ENSBA...

 

Dessiner la lettre, écrire le dessin, Paris, ENSBA, jusqu'au 16 janvier 2022.

13/11/2021

Tous à Orléans !

Si les somptueuses collections du musée des BA d’Orléans n’étaient pas une raison suffisante pour avoir envie de s’y rendre (en plus le nouveau parcours du XIX° siècle est désormais présenté – et il est magnifique-), ce n’est pas une mais trois expositions qui vous y attendent pour quelques jours encore.

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Première à avoir ouverte, l’exposition consacrée au Saint Thomas de Velázquez, une des pièces majeures du musée, est bien plus qu’une simple exposition dossier. Entre la redécouverte de la peinture espagnole à la fin du XIX°, les radiographies de différentes œuvres de Velázquez pour comprendre sa technique, des peintures de son maître Pacheco, des gravures d’Apostolado (ensemble de douze à quatorze tableaux de figures isolées représentant le collège apostolique ) complets (en particulier de Callot) et une bonne dizaine d’apôtres représentés à mi-corps d’artistes comme Luis Tristan, Daniel Seghers, Ribera, Pacheco et bien sûr Velázquez, on comprend toutes les difficultés qu’il y a à attribuer des œuvres quand les nouvelles influences naturalistes et les nouveaux modèles passent d’un atelier à un autre, et d’essayer de réunir les œuvres de l’éventuel Apostalado de Velázquez dont proviendrait le Saint Thomas. L’ajout d’un dernier tableau à la dernière minute d’une qualité trop faible pour être entièrement autographe mais avec suffisamment de points de rapprochement pour penser qu’il pourrait sortir de l’atelier et appartenir à la série rajoute encore de l’intérêt à cette passionnante enquête loin d’avoir révélée tous ses secrets.

 

Tout aussi passionnante, l’exposition Ingres avant Ingres s’intéresse à la jeunesse du maître montalbanais depuis sa première formation chez son père jusqu’au prix de Rome en 1801 (Achille recevant les envoyés d'Agamemnon présent dans l’exposition) en passant par l’académie des BA de Toulouse et l’atelier de David, et cela à travers ses dessins quasi exclusivement. On y découvre comment il va progressivement créer son style de portraits dessinés d’abord à la manière de son père puis influencé par la manière de Jean Baptiste Isabey alors très à la mode avant de mettre en place son propre style. Comment il copie la sculpture antique ou les peintres anciens. Comment il croque rapidement des gens en pleine activité superbe et étonnante série). Comment à partir des leçons de David il met en place ses propres compositions de scènes historiques. Une plongée fascinante dans la formation d'un des plus grands peintres de l'histoire.

 

Enfin les trois cabinets d'arts graphiques présentent des dessins, gravures, pastels... consacrés à la nature : aux deuxième étage, fleurs et fruits ; au premier les animaux sauvages ou de la ferme et enfin au RdC les animaux domestiques. Dans la première section on admirera entre autres des études de fleurs de Jean Pillement (qu'on connait plus pour ses paysages) et Gérard van Spaendonck, une gouache avec un bouquet champêtre du lorrain Nicolas Pérignon et un très beau pastel de fleurs de bois de Rosalie Thévenin ; dans la deuxième, surtout riche en gravures, une superbe Scène pastorale de Jean Jacques Le Barbier, des Chèvres attribués à Jan II Kobell ou Quatre lionnes de Luis Félix Delarue ; enfin dans la dernière, outre de très belles œuvres de Géricault, Fromentin, Gérard ou Cogniet, un curieux Jeux d'enfants de Norblin de la Gourdaine avec son traineau tiré par des chiens et un amusant Chienne allongée sur un divan par le magistrat et poète Paul Besnard qui détourne les codes du nu féminin. C'est toujours un immense plaisir de découvrir les riches fonds d'arts graphiques des musées !

 

Dans la poussière de Séville... sur les traces du Saint Thomas de Velázquez, jusqu’au 14 novembre 2021

Ingres avant Ingres - dessiner pour peindre, jusqu’au 8 janvier 2022

La Nature imagée par les arts graphiques, jusqu’au 13 novembre 2021

26/09/2021

L'heure bleue

Il y a des expositions qu'il faut voir plusieurs fois pour bien en profiter. La première fois que j'étais allé au musée Marmottan juste après la réouverture, la jauge permettait de voir la rétrospective Peder Severin Krøyer dans d'excellentes conditions et j'avais été subjugué. Juste avant la fermeture, il y a un peu plus de monde (mais ça reste très raisonnable), je suis toujours subjugué mais presque un peu déçu.

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Il n'y a aucun doute, le danois Peder Severin Krøyer est un grand artiste qu'il était important de découvrir en France (ce n'est pas le seul Bateaux de pêche pas toujours accroché à Orsay qui permettait de le connaitre) et l'exposition est superbe, exposant aussi bien esquisses, tableaux de petits et de grands formats ; paysages que portraits et scènes de genre (on est parfois un peu entre les deux d'ailleurs).

 

Sa vision de la mer du nord du Danemark est somptueuse, en particulier cette heure bleue du soir, où sable, mer et ciel se fondent en bleu. Et il est passionnant de découvrir à la fois le grand format Hip Hip Hip Hourrah, une esquisse de composition globale et des études de détails. Mais voilà, à deuxième vision, si on découvre plein de nouvelles choses, on se rend aussi compte qu'une soixantaine d’œuvres, c'est très peu et qu'on en aurait bien vu le double (heureusement il y a le catalogue).

 

Bref, ce fut sans doute mon exposition préférée du printemps / été 2021 à Paris.

 

L'heure bleue, Peder Severin Krøyer, musée Marmottan-Monet, jusqu'au 26 septembre 2021.