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27/06/2021

Lucien Jonas à Soissons

Élève de Bonnat et Maignan, deuxième prix de Rome en 1905, peintre des armées pendant la première guerre mondiale, décorateur actif, Lucien Jonas fait partie de ces artistes de la première moitié du XX° siècle encore attachés à la tradition et actuellement en grande partie oubliés, qu'on a la chance de découvrir en parcourant les musées de province. Le musée de Soissons a choisi de lui rendre hommage en présentant, autour des quatre toiles monumentales acquises par la ville et provenant de l'Hôtel de la Croix d'Or, un bel ensemble d’œuvres provenant essentiellement des années 20 autour de certaines des facettes de l'artiste.

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On avait déjà vu Lucien Jonas portraitiste, vigoureux et parfois presque caricatural, on est heureux de voir enfin ses œuvres du monde ouvrier, en particulier minier (il était natif d'Anzin, ville connue pour ses hauts fourneaux), naturalistes sans être misérabilistes, pleines d'affection. On le découvre peintre des vacances en bords de mer avec des représentations familiales pleines de tendresse et de lumière mais aussi peintre de la comédie française. Et on admire les quatre grands panneaux pour l'Hôtel de la Croix d'Or, truculents et lumineux, évoquant une certaine idée du XVIII°, ainsi que les nombreuses (et brillantes, quel merveilleux dessinateur au fusain !) études pour ce décor et quelques autres.

 

Bref une exposition très réussie qui n'a pas prétention à être une grande rétrospective mais nous permet de découvrir plusieurs visages de cet excellent artiste que l'on essaiera d'aller découvrir un peu plus en se rendant au centre minier de Lewarde qui lui consacre une autre manifestation.

 

Lucien Jonas - Les folles années 20, Arsenal Saint Jean des Vignes, Soissons, jusqu'au 04 juillet 2021.

20/07/2020

Dreux-Maurice de Vlaminck

Première exposition faire après le confinement, il y a de cela quelques semaines déjà, le musée de Dreux ayant été un des premiers à rouvrir, Vlaminck le tumulte de la matière aura d'abord été l'occasion de découvrir une ville que je ne connaissais pas et un musée aux collections très intéressantes.

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Je me suis longtemps peu voire pas intéressé à Maurice de Vlaminck. Jusqu'à ce que je découvre qu'après sa période fauve, généralement la plus appréciée et la plus montrée, il a évolué, en particulier sous l'influence de Cézanne, vers un style moins moderne mais beaucoup plus à mon goût. Or l'exposition de Dreux, loin d'être une rétrospective (il n'y a déjà qu'une vingtaine d’œuvres), se concentre sur ses peintures à partir des années 20 (une seule nature morte de sa période fauve) autour de la sublime Baie des Trépassés du musée avec des tableaux prêtés par sa famille.

 

Et à part un autoportrait et trois natures mortes, ce sont donc des paysages que l'on peut admirer : fermes, champs, villages ou forêts, parfois sous la neige, nous montrent une nature puissante, froide et souvent hostile. A la tonalité sombre des arbres, ciels et herbes répondent souvent les couleurs vives et violentes des blés ou d'un toit. C'est à une vision d'une ruralité en train de disparaitre et que Vlaminck est allé cherché en s'installant au fond de l'Eure-et-loir que nous assistons, une ruralité laissant place, sans aucun doute à regret pour le peintre, à une modernité industrielle montrée dans les trois derniers tableaux de l'exposition ou station essence, silo et véhicules motorisés envahissent désormais l'espace.

 

Un exposition petite mais qui mérite vraiment qu'on s'y rende.

 

Vlaminck, le tumulte de la matière, musée de Dreux, jusqu'au 21 mars 2021

16/10/2016

En balade à Marseille...

... je ne me suis pas contenté de rendre visite au Vieux-Port et à la Canebière mais je me suis goinfré de musées, d'expos et d'églises !

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Au musée des BA, Marseille au XVIIIe siècle Les années de l'Académie 1753 – 1793 permet de découvrir la vie artistique dans la ville dans la deuxième moitié du XVIII°. Après une salle consacré à Michel Serre peintre baroque mort en 1733 qui sert à évoquer la grande peste de 1720 responsable du ralentissement de la vie culturelle locale pendant des années, on découvre une somptueuse série de marines de Joseph Vernet, dont le tableau sur le port de Marseille a influencé toute une génération d'artistes, et ses épigones. Excellente occasion de confirmer que Lacroix de Marseille, Henry d'Arles et le chevalier Volaire valent bien mieux que les petits tableautins médiocres que l'on trouve souvent sous leur nom.

 

On enchaîne avec des salles consacrées à l'académie de peinture et de sculpture de Marseille, avec des portraits de ses mécènes, des œuvres de son fondateur et directeur, Dandré-Bardon, qui mériterait bien une grande rétrospective, de certains de ses professeurs, de ses élèves ainsi que d'artistes qui y passait avant de se rendre en Italie (Vincent, Nattier fils, David...). Excellente occasion de découvrir ou d'en savoir plus sur des artistes moins connus (Forty, Bounieu, Fenouil, Julien de Toulon, Beaufort, Duparc...) grâce à un excellent choix d'œuvres. On aura aussi pu découvrir l'admirable série de Pierre Parrocel sur l'histoire de Tobie.

 

Le musée Regards de Provence présentait lui deux expositions temporaires. Merveilles de l'orientalisme présente 80 œuvres issues en grande majorité des collections de la Fondation et montre comment des artistes se sont confrontés pendant un siècle à ces territoires et à ces cultures. Les techniques utilisées sont très variés et tous les thèmes sont présents : portraits, paysages, scènes de genre, nus et même natures mortes ou scènes animalières. Si la plupart des très grands noms sont absents, on admire des artistes connus (Ziem, Loubon, Courdouan, Rochegrosse...) et d'autres un peu moins (très bel ensemble du marseillais Georges Washington, Crapelet, Chataud, Corrodi, Tetar van Elven...). Un seul regret : qu'aucun catalogue n'ait été édité.

 

Mais la révélation de ce court séjour à Marseille aura été pour moi la grande rétrospective consacrée à David Dellepiane. Arrivé jeune à Marseille avec ses parents italiens, il s'y formera à l'école des Beaux-Arts et naviguera, comme beaucoup d'artistes entre le XIX et le XX°, entre tradition et modernité. Si ses premières œuvres sont encore très marquées par l'académisme, on le verra par la suite touché par tous les nouveaux courants artistiques. Quelques paysages du sud-ouest et de l'Orient font penser aux Macchiaioli alors que ses superbes panneaux décoratifs, entre néo-impressionnisme et symbolisme, évoque autant Puvis de Chavannes qu'Henri Martin et ses magnifiques affiches l'Art Nouveau. On va avec ravissement de découvertes en découvertes, un peu surpris qu'il soit resté à la postérité pour ses représentations de santons, tardives dans sa carrière et pas forcément très intéressantes. Une rétrospective qui remet en tout cas en lumière, sans doute pas un artiste majeur, mais un très bon représentant de l'art entre ces deux siècles.

 

Enfin, la maison Culture & Dialogue propose dans le chœur de la cathédrale de La Major une exposition sur Saint François d'Assise. Si elle est plutôt intéressante de vue historique et iconographique, les œuvres présentées, pour une grande partie provenant de la collection Joseph Arakel, tiennent en grande majorité des arts et traditions populaires. On notera quand même quelques beaux tableaux dont une Vanités de Saint François d'Assise, attribuée à Peter Snyers et une Conversation sacrée de Lazzaro Baldi.

 

Marseille au XVIIIe siècle Les années de l'Académie 1753 – 1793, du 17 juin au 16 octobre 2016, musée des BA.

Merveilles de l'orientalisme, du 18 mai au 31 décembre 2016, musée Regards de Provence.

David Dellepiane, arts & modernité, du 7 octobre 2016 au 19 mars 2017, musée Regards de Provence.

Saint François d'Assise, l'homme intemporel, du 1er avril au 31 décembre, cathédrale de La Major.

23/07/2016

Marathon Normandie Impressioniste : la préquelle

Le musée de Giverny présentant deux expositions par an, j'ai profité de la (très belle) exposition Caillebotte pour faire dès le mois de juin une des expositions du 3° festival Normandie Impressionniste.

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Et le musée de Vernon est un des rares à respecter à la lettre le thème de cette troisième édition puisqu'il est bien consacré aux portraits et présente des œuvres d'artistes impressionnistes. On peut ainsi admirer une quarantaine de portraits de femme et d'autoportraits peints par des femmes, dont une petite moitié a pour auteur les quatre artistes qui étaient là au début du mouvement (Morisot, Cassatt, Gonzalès, Bracquemond) ou des impressionnistes des générations suivantes (Mary Fairchild, Blanche Hoschedé-Monet...) et des post-impressionistes (Anna Boch), même si ce sont loin d'être les meilleures œuvres présentées.

 

Les différents panneaux rappellent à quel point il était difficile d'être une femme artiste à la fin du XIX°, et c'est un plaisir de revoir des œuvres de Consuelo Fould et Juana Romani, découvertes au musée de Courbevoie, de se dire une fois encore que Louise Abbema (présente avec quatre tableaux) mériterait une rétrospective, de constater que les femmes peintres étrangères (Louise Breslau, Marie Bashkirsteff, Olga Boznanska...) étaient alors autant attirées par Paris que leurs homologues masculins.

 

Enfin c'est un plaisir de découvrir le superbe Sita et Sarita de l'américaine Cécilia Beaux qui est utilisé pour l'affiche de l'exposition et mériterait un accrochage permanent dans les salles du musée d'rsay ou je n'ai pas souvenir de l'avoir jamais vu. Si l'exposition du musée de Vernon n'est sans doute pas celle qui fera le plus parler, elle vaut vraiment le détour et contribue, comme d'autres manifestations ces dernières années, à remettre en valeur de nombreuses artistes.

 

Portraits de femmes, musée de Vernon, jusqu'au 26 septembre 2016. 

01/01/2015

Oh Toulouse

La réhabilitation progressive des grands peintres officiels de la fin du XIX° qu'on qualifie fort heureusement de moins en moins de Pompiers continue : après Cabanel, Gérome, Gervex, Laurens, Rochegrosse... c'est au tour de Benjamin-Constant d'avoir le droit à une grande rétrospective au musée des Augustins à Toulouse.

 

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Depuis ses débuts à l'école des BA de Toulouse jusqu'au sublime Flamand Rose qui conclut l'exposition, on suit son évolution chronologique et par thèmes. Surtout connu comme orientaliste, où il fait preuve d'un coloris flamboyant hérité de Delacroix, on le découvre aussi décorateur (excellente occasion de passer au Capitole voir (entre autres) son Entrée d'Urbain II à Toulouse, malheureusement partiellement caché par des plantes et une tribune) et portraitiste (un peu trop classique et sage dans le portrait mondain, beaucoup plus intéressant dans les portraits plus intimes).

 

Mais évidemment, ses toiles orientalistes sont les plus nombreuses, depuis des grands formats comme l'Entrée de Mehmet II à Constantinople laissée logiquement dans la salle des grands formats du musée jusqu'à des études sur le motif comme l'Etal du Boucher. Excellant dans l'art de représenter les matières (ses tissus et ses métaux en particulier) et les chairs, il ne se montre pas trop putassier contrairement à certains de ses contemporains dans la représentation des scènes e(x/r)otiques de Harem et est à son meilleur dans des scènes entre genre et histoire (Jour des funérailles, Les prisonniers marocains, Le roi du Maroc allant recevoir un ambassadeur européen...). Bref une expo à ne pas manquer, même s'il ne reste que quelques jours.

 

Benjamin-Constant, merveilles et mirages de l'orientalisme, Toulouse, musée des Augustins jusqu'au 4 janvier puis Montréal du 31 janvier au 31 mai 2015.

01/01/2014

Vite ça ferme !

Douai n'est qu'à une heure et quelque de train de Paris (oui, pour ceux qui habitent Toulouse, Bordeaux ou Marseille, ça fait plus) et il serait dommage de ne pas s'y rendre pour profiter de l'expo Corot dans la lumière du Nord avant sa fermeture dans quelques jours (après, il faudra aller à Carcassonne, ce qui sera plus facile pour ceux qui habitent Toulouse, Bordeaux ou Marseille...).

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Que peut donc apporter une telle expo à la connaissance de Camille Corot, déjà beaucoup vu depuis la grande rétrospective du Grand Palais (il a été entre autres exposé à Madrid et Karlsruhe ces dernières années) ? D'abord éclairer un pan de son œuvre qui n'est pas forcément le plus connu. Ensuite remettre en valeur ces artistes de "l'école d'Arras" qui ne sont pas juste des suiveurs. Dutilleux et Desavary (entre autres) n'ont pas le génie du maître, mais ils ont néanmoins un fort beau talent. Et il est passionnant de voir travailler ces artistes côte à côte sur un même sujet.

 

Bref, de beaux tableaux, souvent peu ou pas vus, et un propos vraiment intéressant, une exposition à voir ! En plus les collections du musée de la Chartreuse mérite le détour (dommage qu'une partie ait été enlevée pour l'expo).

 

Corot dans la lumière du Nord , du 5 octobre 2013 au 6 janvier 2014, Musée de la Chartreuse, Douai, puis au musée des Beaux-Arts de Carcassonne, du 21 février au 21 mai 2014.

06/11/2013

Bonjour, Monsieur Vincent...

Amusez-vous à dire à vos collègues / amis, même ceux qui visitent plus ou moins régulièrement musées et expositions, que vous êtes allé à Tours voir la rétrospective consacrée à François-André Vincent, et il y a de fortes chances que l'on vous réponde "Qui ?". Mais il faut bien reconnaître que comme nombre d'artistes nés dans les années 1740 et 1750, et même jusque au début des 60's (Berthelemy, Lemonnier, Menageot, Peyron, Taillasson, Suvée, Trinquesse, Danloux, Garnier, Monsiau, Gauffier...), sa postérité à beaucoup souffert d'être située entre les "stars" du XVIII° (Boucher, Fragonard, Chardin...) et le néo-classicisme de David, son condisciple chez Vien, et de son école.

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L'exposition est une révélation. Elle montre un artiste capable sur une œuvre, d'égaler les meilleurs paysagistes inspirés de Vernet ou les meilleurs peintres animaliers. De faire, suivant le modèle, un portrait intimiste, psychologique, ou somptueux. De proposer, pour ses scènes d'histoire, aussi bien des solutions colorées et agitées que des représentations beaucoup plus froides et guindées. De dessiner aussi bien des esquisses virtuoses que des caricatures très enlevées. Et c'est peut-être bien là le tort de Vincent, artiste ultra-doué, mais trop protéiforme, ne choisissant jamais réellement entre ses influences italiennes, baroques et néo-classiques, allant même jusqu'à annoncer parfois le romantisme.

 

Parmi les œuvres présentées, j'ai été particulièrement touché par L'enlèvement d'Orythie, son flamboyant morceau de réception à l'Académie, qui cherche à créer un mouvement vers le ciel, et dont l'exposition présente aussi des dessins et esquisses préparatoires montrant bien les étapes de réflexion de l'artiste. La leçon d'agriculture présente un saisissant contraste entre le groupe de figures inspiré de l'antiquité et les animaux très naturalistes. La Mélancolie (malheureusement peu visible en raison de l'éclairage) est extrêmement touchante. Et entre le Portrait de la famille Boyer-Fonfrède, le Portrait de jeune femme assise, à mi-corps, un chien sur ses genoux et le Portrait du poète Antoine-Vincent Arnault, on est admiratif de la diversité des représentations.

 

Bref, une très belle exposition, pour laquelle on aura que deux petits reproches : certaines des œuvres ne sont visibles qu'à Tours ou qu'à Montpellier où elle se rend après ; il n'y a pas de catalogues alors la monographie Vincent, entre Fragonard et David de Jean-Pierre Cuzin publié chez Arthena est superbe mais quand même vraiment pas donné...

 

François-André VINCENT (1746-1816), musée des Beaux-Arts de Tours, du 19 octobre au 19 janvier 2014 ; musée Fabre, Montpellier, du 8 février au 11 mai 2014.