Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/03/2026

Lumière agenaises

L'exposition que le musée d'Agen consacre à la période des lumières dans la région est très bien accrochée (bons quelques tableaux brillent un peu) dans des sortes de petits cabinets crées dans ce magnifique lieu qu'est la chapelle des Jacobins mais souffre de deux petits défauts : 1. sa thématique est trop large rendant les différentes sections plus ou moins complètes et intéressantes (mais le catalogue corrige sans doute ce petit problème); 2. Il faut avoir de bons yeux pour lire les cartels sans faire sonner les alarmes (mais elles m'ont semblé moins sensibles à la deuxième visite). Ces deux défauts signalés, on peut se concentrer sur ses nombreuses qualités...

agen.jpg

L'exposition commence autour des collections, de la carrière et de la personnalité de Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, duc d'Aiguillon qui furent saisies à la Révolution puis confié bien plus tard au musée d'Agen. Tombé en disgrâce après une brillante carrière (militaire, gouverneur en chef de la Bretagne, ministre) évoquée dans différentes salles à l'avènement de Louis XVI en raison de sa proximité avec Madame du Barry dont le superbe portrait en Flore par Drouais (il y en a deux versions) fait l'affiche de l'exposition, il s'exila sur ses terres où il tenta de recréer les fastes de Versailles.

 

Elle se poursuit en décrivant la situation et l'évolution de la région agenaise sur le plan économique, social, institutionnel, scientifique... et cela jusqu'à la révolution française. Au milieu de tableaux qui vont d’œuvres majeures de Vien, Boucher, Nattier... à des anonymes d'un intérêt uniquement historique, on trouve quantité de meubles, objets d'art divers, dessins d'architectures et de costumes, gravures... pour tenter de décrire au mieux cette période foisonnante. Bref une exposition à ne pas manquer cette dernière semaine si vous êtes dans la région.

 

Lumières françaises. De la cour de Versailles à Agen, chapelle des Jacobins, Agen, jusqu'au 8 mars 2026.

28/02/2026

Ibels à Saint Germain

Si l'exposition consacrée à la gravure chez les nabis à la BNF a fermé ses portes il y a quelques jours, il est encore temps d'aller découvrir celle que le musée Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye consacre à Ibels. Comme quasiment toujours actuellement organisée de façon chrono-thématique, elle nous présente les nombreuses facettes de l'artiste depuis ses débuts jusqu'à ses dernières années en présentant un nombre très important non seulement d’œuvres gravées (affiches, programmes, caricatures, partitions...) mais aussi de dessins, aquarelles et peintures. On trouvera également quelques œuvres de ses proches (Gausson, Seguin, Denis, Roussel, Vallotton) et de ses "concurrents" (Chéret, Fau, Hermann-Paul).

ibels.jpg

Et c'est un immense plaisir de se balader au milieu de très nombreuses œuvres gravées (l'exposition de la BNF en exposait trop peu de lui)  pour lesquelles Ibels fut réputé et extrêmement actif où il fait preuve d'une grande inventivité et d'un esprit acéré. Mais aussi de découvrir un peintre, parfois trop sous l'influence de certains de ses amis nabis, parfois trop illustrateur, mais aussi d'autres fois plein d'imagination. Et s'il semble avoir regretté à la fin de sa vie de revoir moins d'honneur que ses amis faute d'avoir été assez peintre, on ne peut que constater que c'est dans son œuvre gravée qu'il se montre le plus brillant, sans aucun doute parmi les tous meilleurs du début du XX°.

 

On n'oubliera pas de se rendre en même temps à l'espace Ducastel-Vera découvrir l'exposition sur le château neuf de Saint-Germain-en-Laye pour découvrir l'histoire du château, voir un bel ensemble de gravures anciennes (Silvestre, Pérelle, Rigaud), des aquarelles (Dugourc, Basire, Bunout, Brun-Buisson) et l'un des projets de François Joseph Bélanger pour la reconstruction.

 

H.G. Ibels, un nabi engagé, musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye, jusqu'au 1er mars 2026.

15/02/2026

Ca ferme à Versailles...

Il y avait cet hiver deux expositions à voir à Versailles et les deux ferment aujourd’hui...

vers.jpg

Au château, le Grand Dauphin était à l'honneur dans une grande rétrospective présentée de façon chrono-thématique : naissance, éducation, carrière militaire, domaines, collections, descendance... Au milieu des innombrables documents et objets d'art, les peintures se taillent la part du lion avec des œuvres de grande qualité et souvent peu vues. Des portraits, bien sûr, par Nocret, Beaubrun, Elle, Mignard, Rigaud, De Troy, Largillierre... mais aussi des peintures d'histoire comme les éléments du décor de ses appartements enfant aux Tuileries par JB de Champaigne et Claude II Audran, des œuvres de Jouvenet, La Fosse, Boullogne, Vuez... mais aussi deux belles scènes de vènerie de Desportes, deux vases de fleurs de Blin de Fontenay et une partie des superbes gouaches représentant le parc du château de Versailles déjà présentées il y a quelques années à l'exposition Cotelle. Bref une exposition qu'il ne fallait pas manquer même si on n'y apprend pas forcément beaucoup de choses si on s'intéresse un peu à l'histoire de France. A noter que l'exposition sur les Amérindiens, qui a lieu en même temps, présente, elle, très peu d’œuvres mais on y apprend plein de choses...

 

Le musée Lambinet présentait lui la collection de Fernande et Marcel Guy léguée au musée il y a une vingtaine d'années et montrée dans son intégralité (seules quelques œuvres sont d'habitude dans le circuit des collections permanentes) après restauration. Si elle est baptisée "passion post-impressionniste", elle regroupe des tableaux et dessins d'une période plus large puisqu'il y a aussi des œuvres impressionnistes (deux dessins de Sisley, un très beau Guillaumin et deux superbes Lebourg ), symbolistes (Puvis de Chavannes) ou plus tardives (Ottmann, Frank-Will). Mais la majorité des œuvres peut effectivement être mise sous ce nom un peu fourre-tout puisqu'on retrouve Signac, Lebasque, Moret, Maufra, D'Espagnat Malherbe mais surtout deux beaux ensembles de Luce et de Loiseau. Beaucoup de belles choses à voir, qui, pour la plupart, retrouveront dans doute les réserves...

 

Le Grand Dauphin, fils de roi, père de roi et jamais roi, château de Versailles, jusqu'au 15 février 2026.

Passion post-impressionniste : histoire d’une collection, Versailles, musée Lambinet, jusqu'au 15 février 2026.

10/01/2026

Ca ferme demain...

... et vous ne pourrez peut-être pas la voir si ce n'est pas encore fait car la billetterie d’Orsay indique complet. Il y avait pourtant peu de monde quand je me suis enfin décidé à m'y rendre et cela grâce aux quelques centimètres de neige paralysant la capitale.

sarg.jpg

L'exposition consacrée à John Singer Sargent est donc à la fois une superbe réussite et une petite déception : superbe réussite car elle nous montre bien sa formation, son évolution, ses différentes facettes et pas seulement ses chefs-d’œuvre. Et petite déception car on aurait aimé en voir encore plus (l'exposition Boldini au Petit Palais était bien plus complète par exemple...). Mais c'était quand même indéniablement une des expositions de l'hiver.

 

Et puis il faut en profiter pour voir l'exposition consacrée au sculpteur Paul Troubetzkoy, les dessins et études de Seurat disséminés au milieu des œuvres contemporaines de Bridget Riley ainsi que pour faire un tour dans les collections où des peintures vont et viennent (tiens un Léo Gausson, tiens une scène gauloise de Xénophon Hellouin...).

 

John Singer Sargent : Éblouir Paris, Paris, musée d'Orsay, jusqu'au 11 janvier 2026

14/12/2025

L'art du multiple

Belle initiative de la part des musées de Pontoise et de l'Isle-Adam de présenter de concert sous le titre L'art du multiple une exposition consacrée à la gravure dans leurs collections.

multiple.jpg

Au musée Senlecq, les œuvres sont présentées dans des vitrines au milieu des salles où l'exposition (très réussie) Trois siècles à L'Isle-Adam a été prolongée de plusieurs mois en essayant de rester dans le thème de la salle. On notera entre autres Armand de Bourbon par Claude Mellan, des gravures d'interprétation d’œuvres de Jules Dupré par Laurens, Français et Anastasi, de très beaux paysages de Daubigny père et fils, Léonide Bourges, Lemaire, Vlaminck et Gatier. On reste un peu sur sa faim devant le petit nombre d’œuvres présentées mais comme l'exposition sur la ville est un plaisir à revoir...

 

Plus dense en œuvres, l'exposition du musée Pissarro a choisi elle-aussi de présenter les gravures au milieu des collections "permanentes" (qui tournent beaucoup, on note de récents (?) prêts du musée d'Aix-les-Bains, du musée d’Étampes, du CNAP et du conseil départemental) là-aussi en essayant de rester dans une thématique. Elles s'étalent sur une période plus large qu'au musée Senlecq, et outre de très belles pièces des différents membres de la famille Pissarro, on pourra admirer, entre autres, le sublime Portrait du graveur Henri Guérard par Norbert Goeneutte (repris sur l'affiche), la Ville de Pontoise d'Israel Silvestre, une très belle Chaumière à Valhermey de Charles Beauverie, une scène paysanne d'Henri Rivière en versions lithographie et lithographie couleur, le Ru de Valmondois de Charles François Daubigny, une Tête de chien de Paul Gachet ou Le grand chat de Cornelis Visscher. Un bel exemple d'exposition pour mettre en valeur ses collections.

 

L'art du multiple, musée Senlecq à L'Isle-Adam et musée Pissarro à Pontoise, jusqu'au 15 février 2026.

30/11/2025

Ca ferme aujourd'hui à Beauvais !

Présentant essentiellement des œuvres venues des musées de Picardie et du musée d'Écouen, l'exposition du musée de Beauvais n'est pas un "événement" mais une très belle façon de montrer que la renaissance ce n'est pas qu'une poignée de génies autour de 1500 mais une période qui s'étire sur presque deux siècles, qui est protéiforme avec des échanges qui se font d'une région à l'autre et une évolution des formes et des thèmes qui se fait différemment suivant les lieux, qui s'accompagne de profonds bouleversements technologiques mais aussi de la perception du monde et de l'humain.

beauv.jpg

N'espérez donc pas de chefs-d'œuvre ni de grands noms mais une grande variété d'œuvres d'art comprenant aussi bien des peintures que des sculptures, du mobilier, de la faïence... essentiellement italiennes et picardes allant de la fin des primitifs au maniérisme dans une grande variété de styles et de motifs. Occasion aussi de voir à quel point nombre d'œuvres de qualité cherchent encore leur auteur, entre les anonymes (magnifique portrait d'homme napolitain), les noms de convention (deux panneaux de cassone sur l'histoire de Briséis par le Maitre de la Charité Bentivogliesca, saintes familles du Maître du Tondo Campana ou du Pseudo-Granacci) et les nombreux "atelier de" / "entourage de"... Une exposition très bien conçue qui méritait d'être vu.

 

Et si vous n'avez pas le temps de vous y rendre d'ici la fin de l'après-midi (donc si vous n'habitez pas la ville), n'hésitez pas à vous procurer le très bon catalogue et à venir au musée enfin complètement ré-ouvert avec ses magnifiques collections XIXème et XXème et dans le cabinet des dessins un chouette accrochage sur les voyages de l'architecte Henri Deglane (1855 - 1931).

 

Renaissance - Portes de la modernité, MUDO, Beauvais, jusqu'au 30 novembre 2025.

31/10/2025

Les quais de Libourne

Il peut paraître surprenant de faire un long déplacement pour voir 6 tableaux et 8 photos mais 1. ça valait le coup ; 2. c'est l'occasion de se refaire le musée de Libourne (où on attend maintenant l'accrochage du Guido Reni redécouvert récemment).

quai.jpg

Si j'ai peu apprécié l'initiative "100 œuvres qui racontent le climat" du musée d'Orsay et surtout son côté prêter des œuvres sans raison valable, j'ai trouvé que l'idée de présenter autour du tableau prêtée une petite exposition-dossier sur la représentation des quais maritimes et ferroviaires excellente car ce sont des exemples parfaits de comment le paysagiste à la fin du XIXème / début du XXème peut renouveler ses thèmes et se trouver confronter à de nouvelles difficultés de représentation (côté gris et sale, brume industrielle...).

 

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le superbe Les Docks de Cardiff de Lionel Walden venu d'Orsay où il est loin d'être toujours montré malgré les mots très élogieux de l'édito du catalogue. Tableau sombre et poisseux, où l'humidité comme les vapeurs venues de toute part semblent nous coller au corps, il nous fait ressentir à merveille à la fois le vide humain et l'effervescence industrielle.

 

Les tableaux qui l'accompagnent ont été parfaitement choisi : le petit Guillemet rapidement brossé montre deux rives de la Seine totalement différentes tandis que les militaires de Luigi Loir s'attroupent dans la neige pour attendre le train qu'on ne devine que par sa vapeur. Le port de Bordeaux de Cazaubon se partage entre anciens navires à rames ou à voiles et plus modernes monstres à vapeur tandis que Les quais de Bordeaux d'Alfred Smith montre toute l'animation de la ville le soir venu et les Usines au crépuscule du méconnu Maurice Falliès nous font découvrir les nouveaux quartiers industriels. Tous montrent un monde en mutation mais aussi les nouveaux effets picturaux nécessaires à sa représentation.

 

A noter qu'un petit catalogue a été publié avec de très belles photos (en particulier des doubles-pages de détails) et de bonnes notices. On regrettera juste que l'article sur le "Paradoxe du paysage industriel" ne soit pas plus beaucoup plus étoffé et illustré. Cela ferait en tout cas un excellent sujet pour une plus grosse exposition !

 

D'un quai à l'autre, chapelle du Carmel, Libourne, jusqu'au 11 janvier 2026.