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04/04/2026

Quelques "petites" expositions à Paris et autour...

Loin du circuit des expositions blockbusters (Louvre, Orsay, Versailles, Marmottan, Jacquemart-André...), des institutions moins prestigieuses organisent des expositions bien moins fréquentées, de qualités et de tailles très diverses, mais où il y a toujours l'occasion de découvrir de découvrir de belles choses...

 

Au musée Henner, on s'intéresse sur deux petites salles à l'interprétation par le maître des lieux et par Gustave Moreau du mythe de Salomé. Si bien évidemment la plupart des œuvres majeures des deux artistes sur ce thème n'ont pas fait le déplacement, les tableaux et dessins présentés permettent de se faire une idée du processus de création des deux artistes ainsi que de la diversité des représentations possibles. Une belle exposition-dossier avec un très bon petit catalogue.

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Le musée Moreau présente lui pour un temps fort court une exposition dossier autour de "L'ultime chef-d’œuvre" du maître, La Sirène et le poète, dont on peut découvrir la superbe tapisserie, mais aussi le grand carton récemment redécouvert et restauré ainsi que différentes œuvres préparatoires allant de la grande esquisse peinte à des simples études d'animaux marins d'après le Magasin Pittoresque. Là-aussi une très belle exposition-dossier qui aurait peut-être elle aussi mérité un catalogue.

 

Autre maison-atelier d'artiste, le musée Delacroix présente son nouvel accrochage dont le titre en lui-même montre un gros manque d'inspiration : les trois salles de la maison sont consacrées aux proches, à la maison et aux hommages  / copies tandis que l'accrochage de l'atelier consacré aux peintures a à peine été modifié. Il y a heureusement quelques jolies œuvres pas souvent montrées comme une version très originale du Sardanapale par Madeleine Dines la fille de Maurice Denis (dont est présentée aussi une vue de l'atelier), un portrait de Dedreux-Dorcy, une étude pour le monument à Delacroix de Jules Dalou, l'étude pour l'Immortalité de Fantin-Latour ou une lumineuse étude pour une eau-forte à la gloire de Delacroix par Charles Courtry. De là à payer plein pot si on connait déjà le musée...

 

Contrairement à ce que son titre pour laisser penser, l'exposition Après Michel-Ange au cabinet des dessins Jean Bonna à l'ENSBA présente comment le maître été étudié, copié et regardé à la Renaissance (quelques gravures et un dessin) mais surtout en France au XIX° autour de l'immense copie du jugement dernier par Sigalon. Parmi des œuvres très diverses (dont des dessins par les élèves actuels de l'école qui n'apportent pas grand chose...) et pas toutes intéressantes, un ensemble de copies / études par Géricault et Carpeaux, un très beau Michel-Ange veillant son serviteur malade de Robert-Fleury, l'étude d'après la Bataille de Cascina de Triqueti et une magnifique étude de tête de pestiféré de David. Pour moi une des expositions les moins réussies du cabinet des dessins ces dernières années.

 

On ne va pas s’appesantir sur l'exposition que le musée des Avelines consacre à l'aéronautique, la place consacrée à Dassault paraissant excessive et sans intérêt et le nombre d’œuvres correspondant à la ligne de ce blog étant faible (il y a quelques très beaux objets). Reste que le Devambez d'Orsay qui fait l'affiche est toujours sublime, qu'il y a une poignée de beaux portraits et que l'exposition a tout pour plaire aux familles.

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Difficile de parler de "petite" exposition au musée de Meudon vu le nombre de peintures et dessins présentées en un accrochage ultra-serré dans les quatre petites salles du premier étage mais la très grande différence de qualité entre les œuvres interrogent un peu même si l'on comprend bien que le but de la collection Courtois est de montrer l'immense variété des paysages de l'ouest parisien depuis la fin du XIX°. Au milieu de quelques noms connus (Lebourg, Frank Myers Boggs et son fils Frank-Will, Harpignies, Raffaelli, Lépine, Luce) et d'autres aperçus ici et là (Tauzin, César Pattein, Etienne Maxime Vallée, Victor de Grailly), de belles découvertes (très beau paysage de neige de Victor Henry, étonnant étang de Villebon de l'inconnu Georges Meurice, le paysage à l'étang de Charles Antoine Armand Lenglet ou le bois de Boulogne de Pierre Chapuis) mais aussi des choses nettement moins intéressantes. A noter un bel ensemble de René Durey même si je ne suis pas très fan.

 

Salomé. Henner et Moreau face au mythe, musée Henner, Paris, jusqu'au 22 juin 2026.

La Sirène et le poète, musée Moreau, Paris, jusqu'au 4 mai 2026.

Delacroix. Un lieu, un artiste, musée Delacroix, Paris, jusqu'au 6 septembre 2026.

Après Michel-Ange, ENSBA, jusqu'au 24 mai 2026.

Saint-Cloud dans les nuages, une aventure aéronautique, musée des Avelines, Saint-Cloud, jusqu'au 5 juillet 2026.

L’âme artistique et urbaine de l’Ouest parisien, la collection Courtois, musée d'Art et d'Histoire, Meudon, jusqu'au 12 juillet 2026.

02/03/2026

Lumière agenaises

L'exposition que le musée d'Agen consacre à la période des lumières dans la région est très bien accrochée (bons quelques tableaux brillent un peu) dans des sortes de petits cabinets crées dans ce magnifique lieu qu'est la chapelle des Jacobins mais souffre de deux petits défauts : 1. sa thématique est trop large rendant les différentes sections plus ou moins complètes et intéressantes (mais le catalogue corrige sans doute ce petit problème); 2. Il faut avoir de bons yeux pour lire les cartels sans faire sonner les alarmes (mais elles m'ont semblé moins sensibles à la deuxième visite). Ces deux défauts signalés, on peut se concentrer sur ses nombreuses qualités...

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L'exposition commence autour des collections, de la carrière et de la personnalité de Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, duc d'Aiguillon qui furent saisies à la Révolution puis confié bien plus tard au musée d'Agen. Tombé en disgrâce après une brillante carrière (militaire, gouverneur en chef de la Bretagne, ministre) évoquée dans différentes salles à l'avènement de Louis XVI en raison de sa proximité avec Madame du Barry dont le superbe portrait en Flore par Drouais (il y en a deux versions) fait l'affiche de l'exposition, il s'exila sur ses terres où il tenta de recréer les fastes de Versailles.

 

Elle se poursuit en décrivant la situation et l'évolution de la région agenaise sur le plan économique, social, institutionnel, scientifique... et cela jusqu'à la révolution française. Au milieu de tableaux qui vont d’œuvres majeures de Vien, Boucher, Nattier... à des anonymes d'un intérêt uniquement historique, on trouve quantité de meubles, objets d'art divers, dessins d'architectures et de costumes, gravures... pour tenter de décrire au mieux cette période foisonnante. Bref une exposition à ne pas manquer cette dernière semaine si vous êtes dans la région.

 

Lumières françaises. De la cour de Versailles à Agen, chapelle des Jacobins, Agen, jusqu'au 8 mars 2026.

28/02/2026

Ibels à Saint Germain

Si l'exposition consacrée à la gravure chez les nabis à la BNF a fermé ses portes il y a quelques jours, il est encore temps d'aller découvrir celle que le musée Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye consacre à Ibels. Comme quasiment toujours actuellement organisée de façon chrono-thématique, elle nous présente les nombreuses facettes de l'artiste depuis ses débuts jusqu'à ses dernières années en présentant un nombre très important non seulement d’œuvres gravées (affiches, programmes, caricatures, partitions...) mais aussi de dessins, aquarelles et peintures. On trouvera également quelques œuvres de ses proches (Gausson, Seguin, Denis, Roussel, Vallotton) et de ses "concurrents" (Chéret, Fau, Hermann-Paul).

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Et c'est un immense plaisir de se balader au milieu de très nombreuses œuvres gravées (l'exposition de la BNF en exposait trop peu de lui)  pour lesquelles Ibels fut réputé et extrêmement actif où il fait preuve d'une grande inventivité et d'un esprit acéré. Mais aussi de découvrir un peintre, parfois trop sous l'influence de certains de ses amis nabis, parfois trop illustrateur, mais aussi d'autres fois plein d'imagination. Et s'il semble avoir regretté à la fin de sa vie de revoir moins d'honneur que ses amis faute d'avoir été assez peintre, on ne peut que constater que c'est dans son œuvre gravée qu'il se montre le plus brillant, sans aucun doute parmi les tous meilleurs du début du XX°.

 

On n'oubliera pas de se rendre en même temps à l'espace Ducastel-Vera découvrir l'exposition sur le château neuf de Saint-Germain-en-Laye pour découvrir l'histoire du château, voir un bel ensemble de gravures anciennes (Silvestre, Pérelle, Rigaud), des aquarelles (Dugourc, Basire, Bunout, Brun-Buisson) et l'un des projets de François Joseph Bélanger pour la reconstruction.

 

H.G. Ibels, un nabi engagé, musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye, jusqu'au 1er mars 2026.

15/02/2026

Ca ferme à Versailles...

Il y avait cet hiver deux expositions à voir à Versailles et les deux ferment aujourd’hui...

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Au château, le Grand Dauphin était à l'honneur dans une grande rétrospective présentée de façon chrono-thématique : naissance, éducation, carrière militaire, domaines, collections, descendance... Au milieu des innombrables documents et objets d'art, les peintures se taillent la part du lion avec des œuvres de grande qualité et souvent peu vues. Des portraits, bien sûr, par Nocret, Beaubrun, Elle, Mignard, Rigaud, De Troy, Largillierre... mais aussi des peintures d'histoire comme les éléments du décor de ses appartements enfant aux Tuileries par JB de Champaigne et Claude II Audran, des œuvres de Jouvenet, La Fosse, Boullogne, Vuez... mais aussi deux belles scènes de vènerie de Desportes, deux vases de fleurs de Blin de Fontenay et une partie des superbes gouaches représentant le parc du château de Versailles déjà présentées il y a quelques années à l'exposition Cotelle. Bref une exposition qu'il ne fallait pas manquer même si on n'y apprend pas forcément beaucoup de choses si on s'intéresse un peu à l'histoire de France. A noter que l'exposition sur les Amérindiens, qui a lieu en même temps, présente, elle, très peu d’œuvres mais on y apprend plein de choses...

 

Le musée Lambinet présentait lui la collection de Fernande et Marcel Guy léguée au musée il y a une vingtaine d'années et montrée dans son intégralité (seules quelques œuvres sont d'habitude dans le circuit des collections permanentes) après restauration. Si elle est baptisée "passion post-impressionniste", elle regroupe des tableaux et dessins d'une période plus large puisqu'il y a aussi des œuvres impressionnistes (deux dessins de Sisley, un très beau Guillaumin et deux superbes Lebourg ), symbolistes (Puvis de Chavannes) ou plus tardives (Ottmann, Frank-Will). Mais la majorité des œuvres peut effectivement être mise sous ce nom un peu fourre-tout puisqu'on retrouve Signac, Lebasque, Moret, Maufra, D'Espagnat Malherbe mais surtout deux beaux ensembles de Luce et de Loiseau. Beaucoup de belles choses à voir, qui, pour la plupart, retrouveront dans doute les réserves...

 

Le Grand Dauphin, fils de roi, père de roi et jamais roi, château de Versailles, jusqu'au 15 février 2026.

Passion post-impressionniste : histoire d’une collection, Versailles, musée Lambinet, jusqu'au 15 février 2026.

10/01/2026

Ca ferme demain...

... et vous ne pourrez peut-être pas la voir si ce n'est pas encore fait car la billetterie d’Orsay indique complet. Il y avait pourtant peu de monde quand je me suis enfin décidé à m'y rendre et cela grâce aux quelques centimètres de neige paralysant la capitale.

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L'exposition consacrée à John Singer Sargent est donc à la fois une superbe réussite et une petite déception : superbe réussite car elle nous montre bien sa formation, son évolution, ses différentes facettes et pas seulement ses chefs-d’œuvre. Et petite déception car on aurait aimé en voir encore plus (l'exposition Boldini au Petit Palais était bien plus complète par exemple...). Mais c'était quand même indéniablement une des expositions de l'hiver.

 

Et puis il faut en profiter pour voir l'exposition consacrée au sculpteur Paul Troubetzkoy, les dessins et études de Seurat disséminés au milieu des œuvres contemporaines de Bridget Riley ainsi que pour faire un tour dans les collections où des peintures vont et viennent (tiens un Léo Gausson, tiens une scène gauloise de Xénophon Hellouin...).

 

John Singer Sargent : Éblouir Paris, Paris, musée d'Orsay, jusqu'au 11 janvier 2026

14/12/2025

L'art du multiple

Belle initiative de la part des musées de Pontoise et de l'Isle-Adam de présenter de concert sous le titre L'art du multiple une exposition consacrée à la gravure dans leurs collections.

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Au musée Senlecq, les œuvres sont présentées dans des vitrines au milieu des salles où l'exposition (très réussie) Trois siècles à L'Isle-Adam a été prolongée de plusieurs mois en essayant de rester dans le thème de la salle. On notera entre autres Armand de Bourbon par Claude Mellan, des gravures d'interprétation d’œuvres de Jules Dupré par Laurens, Français et Anastasi, de très beaux paysages de Daubigny père et fils, Léonide Bourges, Lemaire, Vlaminck et Gatier. On reste un peu sur sa faim devant le petit nombre d’œuvres présentées mais comme l'exposition sur la ville est un plaisir à revoir...

 

Plus dense en œuvres, l'exposition du musée Pissarro a choisi elle-aussi de présenter les gravures au milieu des collections "permanentes" (qui tournent beaucoup, on note de récents (?) prêts du musée d'Aix-les-Bains, du musée d’Étampes, du CNAP et du conseil départemental) là-aussi en essayant de rester dans une thématique. Elles s'étalent sur une période plus large qu'au musée Senlecq, et outre de très belles pièces des différents membres de la famille Pissarro, on pourra admirer, entre autres, le sublime Portrait du graveur Henri Guérard par Norbert Goeneutte (repris sur l'affiche), la Ville de Pontoise d'Israel Silvestre, une très belle Chaumière à Valhermey de Charles Beauverie, une scène paysanne d'Henri Rivière en versions lithographie et lithographie couleur, le Ru de Valmondois de Charles François Daubigny, une Tête de chien de Paul Gachet ou Le grand chat de Cornelis Visscher. Un bel exemple d'exposition pour mettre en valeur ses collections.

 

L'art du multiple, musée Senlecq à L'Isle-Adam et musée Pissarro à Pontoise, jusqu'au 15 février 2026.

30/11/2025

Ca ferme aujourd'hui à Beauvais !

Présentant essentiellement des œuvres venues des musées de Picardie et du musée d'Écouen, l'exposition du musée de Beauvais n'est pas un "événement" mais une très belle façon de montrer que la renaissance ce n'est pas qu'une poignée de génies autour de 1500 mais une période qui s'étire sur presque deux siècles, qui est protéiforme avec des échanges qui se font d'une région à l'autre et une évolution des formes et des thèmes qui se fait différemment suivant les lieux, qui s'accompagne de profonds bouleversements technologiques mais aussi de la perception du monde et de l'humain.

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N'espérez donc pas de chefs-d'œuvre ni de grands noms mais une grande variété d'œuvres d'art comprenant aussi bien des peintures que des sculptures, du mobilier, de la faïence... essentiellement italiennes et picardes allant de la fin des primitifs au maniérisme dans une grande variété de styles et de motifs. Occasion aussi de voir à quel point nombre d'œuvres de qualité cherchent encore leur auteur, entre les anonymes (magnifique portrait d'homme napolitain), les noms de convention (deux panneaux de cassone sur l'histoire de Briséis par le Maitre de la Charité Bentivogliesca, saintes familles du Maître du Tondo Campana ou du Pseudo-Granacci) et les nombreux "atelier de" / "entourage de"... Une exposition très bien conçue qui méritait d'être vu.

 

Et si vous n'avez pas le temps de vous y rendre d'ici la fin de l'après-midi (donc si vous n'habitez pas la ville), n'hésitez pas à vous procurer le très bon catalogue et à venir au musée enfin complètement ré-ouvert avec ses magnifiques collections XIXème et XXème et dans le cabinet des dessins un chouette accrochage sur les voyages de l'architecte Henri Deglane (1855 - 1931).

 

Renaissance - Portes de la modernité, MUDO, Beauvais, jusqu'au 30 novembre 2025.