16/11/2011
St Louis en l'ile : 1ère partie
Assez bien cachée au milieu de l'île St Louis (il faut savoir qu'elle est là pour aller la visiter), l'église Saint Louis en l'île possède de très nombreuses oeuvres d'art de tous styles et de toutes époques, souvent en bon état ou restaurées récemment, peut-être parce qu'encadrées dans des boiseries à la fin du XIX° (mais souvent très mal éclairées par la lumière naturelle et rendue peu visibles par la fermeture des chapelles...). Parmi les peintures, si la période 1840-1880 se taille la part du lion, on note néanmoins de nombreuses oeuvres plus anciennes, de la médiocre copie au grand tableau d'autel...
Parmi les anonymes, une série de huit petits formats de l'école rhénane (signalée comme du début du XVI°) assez truculente sort du lot.
Du XVI° siècle, les Pèlerins d'Emmaus de l'école vénitienne est un bon tableau mais l'attribution au Titien signalée sur le cartel (qui date du siècle dernier voire même de celui d'avant...) parait pour le moins exagérée... D'ailleurs à un autre endroit dans l'église il est signalé comme "école du" qui ne veut pas dire grand chose mais parait plus judicieux. D'un autre côté vu de loin, avec un angle important et un éclairage incertain difficile de juger quoi que ce soit...
Du XVII°, on note le Baptême de Jésus-Christ par St Jean-Baptiste de Antoine Bouzonnet-Stella (1637-1682), neveu et élève (avec ses trois soeurs, surtout connues pour leurs gravures d'après Poussin) de Jacques Stella et reçu à l'académie en 1666. Ce très bel exemple de classicisme, ainsi que les rares toiles dont on trouve des reproductions sur le net, Le frappement du rocher de Grenoble (d'après Poussin) et son morceau de réception à l'académie, les Jeux Pythiens, conservé à l'ENSBA donnent vraiment envie d'en savoir plus sur cet artiste Jacques Stella (1596-1657).
Enfin du XVII° (ou du XVIII°) ce tableau non signalé sur les différents cartels de l'église et qui pourrait être le Louis XIII recevant la communion des mains de saint François de Sales donné à l'école de Simon Vouet ou plus vraisemblablement le Saint Ambroise et l'empereur Théodose Ier anonyme que l'on trouve tous les deux sur les bases de données gouvernementales. Difficile à voir avec l'éclairage, le tableau semble de bonne qualité a été identifié comme l'apparition de St Nicolas à l'empereur Constantin de Jean-Baptiste Corneille (1649-1695). On conseillera l'article que lui a consacré Anne Le Pas de Sénéchal par ici.
Merci à Sylvain Kerspern pour ces précisions et on peut regretter que personne n'ait cru bon depuis des années de signaler tout cela à l'intérieur de l'église...
18:21 Publié dans eglise de Paris | Lien permanent | Commentaires (2)
06/11/2011
Paris Tableau 2011
Après une longue période sans envie (même pas eu le courage d'aller à l'Institut Néerlandais voir Rembrandt et son cercle), je trouve enfin la force de sortir dans le froid (tout relatif) pour me rendre au Palais de la Bourse pour Paris Tableau, le salon international de la peinture ancienne.
Impossible de parler de ce que montrent les 20 galeries présentes dans ce cadre superbe sans donner dans le catalogue de noms plus ou moins prestigieux, mais qu'il est bon de flâner pour admirer des oeuvres de qualité muséales entre les différents stands, certains "généralistes" comme Haboldt & Co (Poerson, Mieris, Steen, Turchi), Claude Vittet (van Goyen, Mieris, PH de Valenciennes, Mauperché), Leegenhoek (Le Brun, La Hyre), Stair Sainty (Desportes, Canaletto, Guardi), Derek Johns (Fragonard, Greuze, Anguissola), Charles Beddington (Bellotti, Vernet, Guardi), Adam Williams (Largilliere, Boucher, Fragonard) ou Noortman (Le Sueur, Gandolfi) d'autres plus spécialistes. On verra donc surtout de la peinture italienne chez Sarti (Andrea di Nerio, Benaglio), Lampronti (Canaletto, Marieschi, Guerchin) ou Canesso (Bassano, Magnasco, Bordone) ; française chez Didier Aaron (Le Brun, Tassel, Patel), Talabardon (Gerard, Oudry, Vincent), Heim (François de Nomé, Mignard, Corot, Millet) ou Eric Coatalem (Oudry, Desportes, La Fosse, Dupuis) ; nordique chez David Koetser (Bril, Dou, Jan Brueghel, Rubens, Teniers), P. de Boer (Bril, Cornelis de Heem, Brouwer) et De Jonckheere (Met de Bles, Pieter II Brueghel, Grimmer) ou espagnole chez Caylus (Luis de Morales, Murillo) ainsi que des portraits chez The Weiss Gallery (van Dyck, Lely, Mytens).
Comme je n'ai rien d'autre à faire, j'ai fait un petit TOP25 personnel (et donc en parfaite subjectivité) des oeuvres qui m'ont le plus marqué pendant la visite... Et comme je suis sympa, je vous mets un lien pour admirer le tableau quand j'en trouve un... (lecteurs du futur, il est probable que la plupart ne marche plus...)
25. Carsten Luyckx - Vase de fleurs (David Koetser Gallery)
24. Adrien van Utrecht - Nature morte (Noortman Master Paintings)
23. Jan van Dalem - Les quatre âges de l'homme (Haboldt & Co)
22. Abraham Janssens - Allégorie des quatre éléments (De Jonckheere ) et Lascivia (Adam Williams Fine Arts Ltd)
21. Paulus Bor - Tronie, joueur de cor (Galerie Jacques Leegenhoek)
20. Paulus Morelsee - Portrait d'un homme inconnu (The Weiss Gallery)
19. Baron François Gérard - esquisse pour l'entrée d'Henry IV à Paris (Stair Sainty Gallery)
18. Wolfgang Heimbach - Jacob et Rachel (Charles Beddington Ltd)
17. Louis Leopold Boilly - Portrait présumé de Mme Tallien et de sa fille (Galerie Eric Coatalem)
16. Domenico Piola - Moïse sauvé des eaux (Galerie G. Sarti)
15. Joseph Natoire - Personnification de la musique (Adam Williams Fine Arts Ltd)
14. Pedro Nunez del Valle - Joel et Sisera (Galeria Caylus)
13. Carlo Francesco Nuvolone - Joseph et la femme de Putiphar (Galerie Canesso)
12. Pasquale Chiesa - St Jérôme pénitent (Galerie Jacques Leegenhoek)
11. Nicolaes Berchem - Repas de Jupiter (Adam Williams Fine Arts Ltd)
10. Francois Alexandre Desgoffe - les chênes à Fontainebleau (Didier Aaron & Cie)
9. Nicolas de Largilliere - Portrait de Francoise d'Escravayat (Stair Sainty Gallery)
8. Nicolas Tournier - Christ portant la croix (The Weiss Gallery)
7. Nicolas Didier Boguet - Chasseur au repos dans un paysage romain (Jean-François Heim)
6. Jean-Baptiste-Marie Pierre - Une scène du massacre des Innocents (Didier Aaron & Cie)
5. Cecco Bravo - Ulysse et Nausicaa (Galerie Canesso)
4. Horace Vernet - Une halte en montagne (Talabardon & Gautier)
3. Leonardo Coccorante - Capriccio (Charles Beddington Ltd)
2. Bernardo Bellotto - Le portique d'octave et Place du marché à Pirna (Galleria Cesare Lampronti)
1. Nicolas Regnier - Jeune femme versant un pichet (Haboldt & Co)
Et Hors Concours, avec quatre oeuvres superbes présentées par quatre galleristes différents : Nicolas Colombel avec :
Moïse déposé sur les eaux (Galerie Jacques Leegenhoek)
Bacchanale (Derek Johns Ltd)
Armide abandonnée par Renaud (Galerie Canesso)
Mars et Vénus (Didier Aaron & Cie)
On attend maintenant la rétrospective annoncée avec impatience...
Paris Tableau ferme mardi 8 novembre, et c'est un passage obligé pour l'amateur de peinture ancienne...
21:04 Publié dans salon | Lien permanent | Commentaires (0)
24/08/2011
Petite mais sympa
De nombreuses villes de province, petites comme grandes, cherchent à remettre en valeur leurs anciennes gloires, ces tant dénigrés "pompiers" et leurs (très nombreux) élèves. Après Villeneuve-sur-Lot et André Crochepierre l'an dernier, c'est la presque voisine Marmande avec Abel Boyé (1864-1933) qui met un peu de lumière sur un artiste oublié.
Elève à Paris de Benjamin Constant (après une première formation locale puis à Bordeaux), il aura une carrière officielle classique : second prix de Rome, exposant régulier au Salon où il sera médaillé... L'exposition présente essentiellement des peintures de la collection du musée Marzelles et donc un nombre réduit de peintures mais surtout de thèmes. Sont ainsi présents essentiellement des portraits, de qualité très inégale. Si certains font franchement alimentaires (en particulier les représentations de notables), d'autres font preuve d'une grande acuité dans l'expression.
Mais comme beaucoup de ses contemporains, c'est dans la représentation de la femme que Boyé semble s'être fait plaisir, que ce soit dans des représentations classiques ('Petite fille au panier', 'Marcelle Nadeau') ou plus... allégorique ('Femme sortant du bain'). Malheureusement, ses grands formats ne sont presque pas présents à l'exposition (à part 'La nymphe de Diane' médaillée au Salon de 1885) et seuls 'Le long des flots' et 'Femme à la biche' (ainsi que quelques reproductions d'époque) permettent de se faire une idée de cette partie de son art, qui semble influencée par Gleyre, Henner et les préraphaélites. Bref cette charmante petite exposition met en appétit et donne envie d'en voir plus. Une grande rétrospective comme pour Crochepierre serait donc souhaitable...
Abel Boyé, Musée Albert Marzelles, Marmande, jusqu'au 30 septembre 2012.
14:32 Publié dans exposition en province | Lien permanent | Commentaires (1)
20/08/2011
Un grand cru ?
Après l'académie de France à Rome et avant la Galerie des Gobelins à Paris, c'est la Galerie des Beaux-Arts de Bordeaux qui accueille l'exposition Poussin et Moïse, du dessin à la Tapisserie, qui présente pour la première fois ensemble la série de 10 tapisseries consacrées à la vie de Moïse et réalisées à partir d'œuvres de Nicolas Poussin et Charles Le Brun (pour deux d'entre-elles).
Réalisées 20 ans après la mort du maître d'après des tableaux d'époques différentes et n'ayant jamais été pensés comme une série, la tenture n'est forcément pas vraiment homogène mais permet d'admirer les différentes solutions mises au point pour mettre en scène des sujets très différents et de voir comment les auteurs des cartons ont modifié certaines choses pour tenter de renforcer le côté décoratif (où comment passer d'une toile de 2 ou 3 m² à une tapisserie de 20 m²...). Une sorte de sommet d'un certain classicisme décoratif. La présentation des tapisseries est complétée par la présence de trois des toiles ayant servi de modèle à la série, de dessins préparatoires et d'un des cartons (L'adoration du veau d'or par Pierre de Sève), ainsi que de nombreuses gravures.
S'il y avait quelques regrets à émettre sur cette superbe exposition, ils tiendraient essentiellement à l'absence de reproductions de tailles raisonnables des peintures originales de Poussin n'ayant pas pu être prêtées (ce que l'on conçoit très bien), défaut pas totalement corrigé par un catalogue, fort intéressant mais bizarrement coupé en deux, dont la plupart des reproductions sont bien petites... Mais aucune raison valable de manquer à Bordeaux ou à Paris, cette exposition évènement.
Poussin et Moïse, du dessin à la Tapisserie, à la Galerie des BA de Bordeaux, du 30 juin au 26 septembre 2011.
13:43 Publié dans exposition en province | Lien permanent | Commentaires (0)
15/08/2011
Lefai accompli
N'ayant pas pu voir l'église de Dausse, dernière étape Henry Lefai avec le décor de l'église paroissiale St Sylvestre à St-Sylvestre-sur-Lot. Si le sujet (Saint Sylvestre Ier trônant devant Rome) n'est pas franchement folichon, l'artiste fait preuve d'un fort hiératisme dans son personnage central et d'un intéressant sens du paysage. Utilisant là encore différentes teintes ocres, il montre à la fois des références à l'Art Nouveau (plus très nouveau en 1949) et au Pré-Raphaélisme tout en faisant preuve d'un sens aigü de la composition monumentale. Il y a sans doute beaucoup de choses à redécouvrir dans ces grands décors encore classiques de la première moitié du XX°...
Vue générale de l'abside
St Sylvestre
Détail du paysage
21:02 Publié dans église de province | Lien permanent | Commentaires (0)
13/08/2011
Un artiste à découvrir ?
Après quelques recherches sur le net, j'en sais un peu plus sur Henry Lefai, auteur d'une partie du décor de Ste Catherine de Villeneuve-sur-Lot. Il est amusant (et un peu inquiétant pour la connaissance des décorateurs du milieu du XX°) que ce soit par l'intermédiaire de la société J-K Huysmans dont il fut un membre éminent que je sois tombé sur ces renseignements. Peintre, décorateur, sculpteur et restaurateur, il était aussi collectionneur de livres anciens, fut secrétaire de la Société Saint-Jean, groupement des artistes catholiques, publia au moins un essai sur Huysmans et décéda le 23 octobre 1980.
Comment ce lettré parisien se retrouva à travailler dans le sud-ouest, et plus précisément dans le Lot-et-Garonne pendant presque 20 ans (depuis la restauration en 1938 des fresques de l'église de Castelmoron peintes par Adolphe Brucker jusqu'au décor de l'église de Dausse en 1957) ? Auprès de qui apprit-il la peinture ? Il faudrait sans doute aller éplucher des archives pour le savoir... En tout cas son décor pour le sanctuaire Notre-Dame de Peyragude à Penne d'Agennais est fort intéressant : le trait est précis, le choix d'une quasi-monochromie ocre sur fond clair très judicieux, et malgré des thèmes pas forcément passionnant (historique du sanctuaire, litanies de Marie..) l'ensemble est très décoratif.
Vue générale
L'abside
Un détail de l'abside
Pendentif de la coupole
Henry Lefai est également l'auteur du très surprenant chemin de croix, partiellement gravé dans la pierre et peint, où il a choisi de ne représenter qu'un petit détail de chacune des étapes. La représentation est originale et se révèle particulièrement touchante.
20:17 Publié dans église de province | Lien permanent | Commentaires (0)
06/08/2011
Une expo de vacances
Pour ceux qui passent dans les Pyrénées ces jours-ci, un petit passage par Bagnères-de-Bigorre leur permettra de voir au musée Salies une exposition consacrée à Blanche Odin (1865-1957) et Ulpiano Checa (1860-1916).
Si les deux artistes ont été proches (Odin est même signalée comme élève de Checa sur Wiki) et ont Bagnères comme point commun (l'une s'y est installée et y a fini sa vie, l'autre y venait en vacances), l'intérêt de confronter leurs œuvres ne saute pas forcément aux yeux. Là où la française semble redéfinir à chacune de ses aquarelles de fleurs le sens des adjectifs joli et aimable en les rapprochant dangereusement de mièvre (heureusement quelques portraits sont un peu plus intéressants), l'espagnol fait preuve d'une économie et d'une verve rares dans le trait, ce qui lui permet d'exceller dans les dessins, les gravures et les affiches sur des sujets très divers.
Et si avec ses locaux exigües, ses explications pour le moins fragmentaire et son accrochage bricolé (les Checa s'entassent sur les murs), l'exposition fait vieillotte, elle reste néanmoins fort sympathique et impose deux conclusions : Blanche Odin est une artiste plaisante pour cartes postales alors qu'Ulpiano Checa mérite une vraie grande rétrospective où l'on pourra découvrir plus que ses œuvres sur papier (on trouve de superbes reproductions de toiles sur le web).
Blanche Odin et Ulpiano Checa : rencontre de deux artistes, musée Salies, Bagnères-de-Bigorre, jusqu'au 30 octobre 2011.
22:02 Publié dans exposition en province | Lien permanent | Commentaires (0)