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03/06/2011

Vite, ça ferme ! (bis)

Il aura fallu que je me balade dans Paris pour me rendre compte que l'exposition du Grand Palais dont je promets de parler depuis des semaines ferme lundi prochain et qu'il est donc tout juste encore temps de faire envie à ceux qui ne s'y sont pas encore rendus (il doit y en avoir, vu qu'il n'y avait personne à chaque fois que je suis passé devant...) à l'exposition parisienne la plus intéressante de ce printemps 2011 (cela n'engage que moi).

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Après une première salle consacrée à deux chef d'oeuvres d'Annibal Carrache dont le Paysage fluvial de la National Gallery of Art de Washington qui est absolument saisissant, on entre dans le vif du sujet avec l'effervescence romaine autour de 1600 où se mêlent artistes nordiques (Bril, Brueghel, Elsheimer...) et italiens (Carrache, Albane, Dominiquin...) et la création, peut-être pas du paysage comme genre autonome comme l'annonce l'exposition (difficile de ne pas considérer certaines oeuvres de Patinir, entre autres, comme des paysages), mais du moins du paysage classique.

 

Les salles suivantes nous présenteront l'évolution du paysage bolonais, l'évolution du paysage nordique, les dessins puis des toiles autour de Poussin et de Claude Gellée. Au milieu des innombrables merveilles présentes (aucune oeuvre ne mérite qu'on ne s'arrête pas longuement devant elle), on  notera le plaisir de pouvoir comparer des peintures sur le même thème (comme Le repos pendant la fuite en Egypte ou Latone métamorphosant les bergers de Lycie en grenouilles), de découvrir quelques artistes moins connus comme Pietro Paolo Bonzi et surtout Goffredo Wals dont le petit tondo Route de campagne avec une maison est tout à fait étonnant et d'admirer les différents grands formats peints pour le palais du Buen Retiro.

 

Une exposition somptueuse par les oeuvres présentées et passionnante par son thème, dont le seul repproche serait finalement qu'elle donne envie d'en voir tellement plus...

 

Nature et idéal : le paysage à Rome, 1600 - 1650, Grand Palais, jusqu'au 6 juin 2011

02/06/2011

Vite, ça ferme !

Deux expositions n'ayant pas eu énormément de publicité ferment ce week-end, alors petite séance de rattrapage.

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Pas le lieu d'exposition le plus connu de Paris (pourtant il y a régulièrement de bonnes choses), la Mona Bismarck Foundation présente des oeuvres venues de l'Institut Gustave Courbet à Ornans, en raison de la fermeture du musée pour travaux. Alors certes on n'est pas en face d'oeuvres majeures du grand maître réaliste et on aurait aimé en savoir plus sur l'intervention des "collaborateurs" sur un certain nombre de toiles, mais c'est toujours un plaisir de profiter de sa technique très particulière et de son sens aigu de la nature sauvage. Parmi les peintures marquantes, on notera 'Le saut de la Brême', 'Le passage du gué', 'Le peintre et son modèle dans un paysage rocheux' ou 'Une papeterie à Ornans'. Le seul défaut de cette petite expo gratuite reste finalement son catalogue, certes peu onéreux mais dont certaines reproductions sont un peu décevantes et qui manque sérieusement de matière.

 

Gustave Courbet, l'amour de la nature, Mona Bismarck Foundation jusqu'au 4 juin 2011 (attention, c'est fermé le 2 et le 3 juin...).

 

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Après Pelez et De Nittis, le Petit Palais remet en lumière un autre artiste ayant beaucoup illustré la capitale à la fin du XIX° et au XX°, Jean-Louis Forain, en présentant un nombre important de gravures, d'aquarelles, de dessins et plus inhabituel (Forain est surtout connu de nos jours comme caricaturiste), de peintures. Si l'on n'est pas forcément convaincu par toutes les oeuvres présentées plus ou moins chronologiquement et par thèmes, il est très agréable de se balader dans les salles en se laissant guider par sa curiosité. Un excellent article est disponible sur la Tribune des Arts.

 

Jean-Louis Forain (1852-1931), « La Comédie parisienne », Petit Palais jusqu'au 5 juin 2011.

31/05/2011

Notre-Dame de Bercy

Pour illustrer l'édito d'il y a trois jours, commençons par la petite église ND de Bercy construite en 1825 et totalement insignifiante d'un point de vue architectural mais qui contient cinq (six si on tient compte d'une Nativité flamande anonyme du XVII°) excellentes peintures, représentant merveilleusement l'art religieux français des XVII et XVIII° siècle. Si ces oeuvres semblent être toutes dans un état de conservation convenable, elles sont assez peu appropriées à l'exiguité du lieu et pour le moins peu mises en valeur par un éclairage naturel fort brutal. Mais comme de toute façon le lieu est loin de tout circuit touristique parisien, ces toiles dignes du Louvre croupissent tranquillement dans leur coin...

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Jacques Stella (1596-1657), fils d'un peintre d'origine flamande et peut-être élève de Horace Le Blanc, est surtout marqué par sa rencontre avec Poussin et fait partie des principaux représentants de l'atticisme parisien. Avec sa composition monumentale, peu chargée en personnages et utilisant parfaitement l'architecture, 'Le Christ et la Samaritaine' est un superbe exemple de son art. Il y a au Louvre un dessin préparatoire.

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Si Louis Boullogne le père (1609-1674) fut nommé académicien dans la première assemblée que fit l'Académie en 1648, il est aujourd'hui nettement moins connu que ses enfants Geneviève, Madeleine, Bon et surtout Louis (qui fut premier peintre du roi). Ce 'Christ en croix' aux expressions un peu figées est assez typique d'une production classique.

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Daniel Hallé (1614-1675) ne fut jamais académicien contrairement à son fils Claude-Guy et à son petit-fils Noël, bien qu'ayant travaillé auprès de Le Brun et reçu des commandes prestigueuses (un May de Notre-Dame). Peut-être à cause de son style un peu archaïsant, cette 'Annonciation' ayant encore par exemple un petit côté maniériste, plus sensible encore sur une oeuvre comme 'La Navité' du musée de Rouen.

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Elève de Le Brun, Charles de la Fosse (1636-1716) a progressivement abandonné le classicisme de son maître pour une peinture plus flamboyante à la palette chaude influencée à la fois par les vénitiens et par Rubens, ce qui n'est pas forcément évident sur cette 'Résurrection de la fille de Jaïre' rendue malheureusement fort peu lisible par différents reflets, plutôt virtuose mais assez sage et froide, ce qui explique peut-être qu'elle fut aussi attribuée à Pierre-Jacques Cazes.

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Jean-Baptiste Marie Pierre (1713-1789) fut élève de Natoire et premier prix de peinture en 1734, il fit une brillante carrière officielle jusqu'à la place de premier peintre du roi. Le sujet un peu original du 'Martyre de St Thomas Beckett' lui permet d'oser une mise en scène théatrale et des costumes chatoyants.

28/05/2011

Les visites, ça vous fait réfléchir...

Découvrir des œuvres d'art dans les églises est un vrai plaisir (après tout, elles ont été créees pour être là ou du moins dans un lieu semblable) mais il ne faut pas négliger deux grands problèmes, l'un pour le visiteur, l'autre pour la conservation.

 

De nombreux tableaux ou décors peints se trouvent dans des endroits où il est très difficile de les voir dans de bonnes conditions, par exemple dans de petites chapelles latérales par forcément prévues à cet effet (surtout pour les grands formats du XIX°), pas toujours éclairées ou alors par un éclairage naturel pas forcément adapté (de grandes verrières par exemple). Il est très frustrant pour le visiteur de ne faire qu'entrapercevoir dans la pénombre une peinture de grande qualité, ou de ne la voir qu'à 45° et partiellement à cause des reflets brillants.

 

Les municipalités n'ayant pas les moyens d'entretenir et les lieux de culte (combien de nos églises sont dans de drôles d'état) et leurs œuvres d'art, il faut bien faire des choix. De nombreux tableaux et décorations murales du XIX° (mais pas seulement, on le verra dans de prochains billets) jugés mineurs (la peinture religieuse des années 1830-1870 a été tellement décriée...) se trouvent dans des états déplorables (sans doute n'ont-ils jamais été prioritaires mais certains semblent maintenant difficilement sauvegardables) et même des tableaux récemment restaurés souffrent de conditions de conservation indignes du fait de l'état de l'édifice qui les abrite. Par exemple, le 'St Germain et St Vincent' de Joseph-Marie Vien à l'église St Germain-l'Auxerrois, en parfait état sur la photo publiée dans le dossier de l'art sur les Peintures françaises du XVIII° des églises de Paris, subit visiblement les conséquences d'un problème d'infiltration.

 

Alors si la place des œuvres d'art est bel et bien dans les églises, peut-être serait-il souhaitable que les plus précieuses soient dans des lieux plus adaptés à assurer leur conservation et à leur permettre d'être admiré par les visiteurs, dans des musées d'art religieux régionaux par exemple (on pourrait très bien les remplacer par d'excellentes reproductions photographiques imprimées sur toile) et que l'on s'intéresse davantage aux œuvres considérées comme secondaires (en particulier certains grands décors) avant qu'elles ne soient définitivement détruites.

21:13 Publié dans edito | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2011

Pinacothèque de Paris : 3ème partie - les Esterhazy

Sur le même principe que l'exposition les Romanov, soit la présentation d'oeuvres réunies par une grande famille et ayant servi par la suite de point de départ aux collections d'un grand musée, celle sur les Esterhazy ne tente même pas de justifier son absence de problématique par les panneaux sur les goûts des différents princes collectionneurs mais se contente d'aligner les peintures par école, quasiment sans la moindre explication. Tout pour le plaisir des yeux, donc, et si les "grands noms" vont souvent se révéler un peu décevants, on pourra quand même profiter (plus que pour quelques jours) de bien jolies choses.

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Côté italien, si La Madone Esterhazy de Raphael est aussi charmante que célèbre, on sera un peu déçu par le David et Abigail de Guido Reni et son atelier, le Christ en croix de Véronèse ou les Pèlerins d'Emmaüs du Tintoret (que le catalogue nous survend un peu), excellentes surprises avec un sauvage Tarquin et Lucrèce de Felice Ficherelli ou un pensif David avec la tête de Goliath attribué à Michele Desueblo. Et que l'annonciation de Bernardo Strozzi est belle ! De même côté français, si le Lorrain, le La Hyre ou le Champaigne sont tout à fait honorable, c'est plus sur l'ahurissant Intérieur d'une église imaginaire de François de Nomé ou sur les Fiancailles de Joseph avec la vierge Marie de Nicolas Noir que l'on s'arrête.

 

Beaucoup moins chez les nordiques de noms prestigieux que chez les Romanov (à part un Hals oubliable ou une truculent Famille des chats de Jan Steen) mais beaucoup de bonnes surprises chez les petits maîtres comme des Joueurs d'échec de Cornelis de Man, Agar dans le désert de Herman van der Mijn ou les Enfants et boeufs au repos de Roos. Et difficile de ne pas s'attarder devant la sublime Sainte Famille en grisaille de Mengs. Mais s'il fallait trouver une bonne raison de s'y rendre, ce serait, comme les Romanov, pour la présence d'un ensemble (certes ici un peu petit) de toiles espagnoles de tout premier plan, dont un Ecce Homo de Mateo Cerezo tout à fait saisissant.

 

La naissance du musée. Les Esterhazy, princes collectionneurs, à la Pinacothèque de Paris, jusqu'au 29 mai 2011.

21/05/2011

A voir ce week-end !

Jusqu'à ce dimanche, il est encore temps pour les parisiens de se précipiter à l'Institut Néerlandais pour deux expositions tout à fait passionnantes.

 

Accompagné de quelques dessins de Jan van Scorel ou de son atelier, en particulier la Lapidation de St Etienne préparatoire au tableau, le polyptyque de Marchiennes est présenté en raison de sa restauration récente. Démembré à la révolution, ses différents volets s'étaient retrouvés dans des petites églises du Nord dans des fonctions diverses (planches pour armoires de sacristie !) avant d'être retrouvé (sauf celui avec le portrait du commanditaire) dans la deuxième moitié du XX° par le conservateur du musée de Douai où il retournera bientôt. S'il est fastueux et imposant, il souffre de représenter des scènes pas franchement fascinantes de la vie de St Jacques le Majeur et de St Etienne ainsi que de compositions un peu trop chargées en personnages semblant parfois un peu maladroits (à cause des traitements subis pendant deux siècles ?). Reste un superbe exemple du maniérisme hollandais sans équivalent en France dont on ressortira particulièrement deux panneaux : un très bel Ange porteur du blason de Jacques Coëne et la sublime Lapidation de St Etienne.

 

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Le musée de Hambourg lui prête une centaine de ses plus belles planches de dessins hollandais de la période 1500-1700 et on en prend plein les yeux. Rien que dans la salle consacrée au XVI° siècle qui commence par un charmant Visage de femme de Gerard David, se succèdent les coups de cœur, de L'été de Pieter Brueghel l'ancien à L'Envie de Jacques de Gheyn le jeune. De grands dessins très finis préparatoires à des gravures, tapisseries ou vitraux (Heemskerck, Hans Bol, Coeck van Aelst, Beuckelaer) ou œuvre indépendante (superbe Diane et Actéon sur parchemin de Jan Wierix qui tient de la miniature) jusqu'à des dessins beaucoup plus libres comme un Escarpement Rocheux de Roelandt Savery ou un Bouquet d'arbres de Goltzius, on ne sait plus ou donner de l'œil. Et le ravissement se poursuit dans les autres salles où les œuvres rassemblées par thèmes (Rembrandt et ses élèves, Paysages du Nord, Scènes de genre, Artistes Flamands, Marines...), multiplient les techniques et les effets. Une sélection exceptionnelle dont on regrette juste qu'elle ait donné lieu seulement à un catalogue raisonné en trois volumes de tous les dessins hollandais de la Kunsthalle et pas à un ouvrage sur les seules œuvres présentées.

 

La Renaissance de Scorel et Maîtres des Pays-Bas 1500-1700, Institut Néérlandais, jusqu'au dimanche 22 mai.

17/05/2011

Au Louvre ce printemps 2011 : 2ème partie

Brillant complément à l'exposition du Grand Palais (on en reparle bientôt), Claude Le Lorrain, le dessinateur face à la nature offre un parcours chronologique de son activité de dessinateur comparée à quelques œuvres peintes.

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La première salle permet de comparer des dessins de jeunesse, souvent pris sur le vif, avec ceux de ses maîtres (Wals, Tassi) ou de ses contemporains (Breenbergh, Swanevelt) et d'admirer ce bouillonnement créatif dans l'art du paysage qu'était Rome au début du XVII° siècle. On pourra s'émerveiller devant ce prodigieux dessinateur capable aussi bien de sublimer en quelques trais (quel maîtrise technique, en particulier dans l'utilisation des lavis) un banal paysage boisé, un arbre, des rochers ou un bateau pris sur le motif que de recomposer en atelier des paysages dessinés aussi complexes et précis que des peintures. La questio reste d'ailleurs posée de savoir dans quelle mesure les dessins pris sur le vif servaient ensuite pour la réalistaion d'autres oeuvres.

 

Si les dessins proviennent des collections du Louvre et du musée Teyler à Haarlem, la grosses dizaine d'œuvres peintes vient d'horizons divers et s'ajoute harmonieusement à celles présentes au Grand Palais, donnant une image assez complète de la variété de ses thèmes. On notera en particulier Le Parnasse au format immense pour un paysage de cet époque, Paysage côtier avec Persée et l’origine du corail et son incroyable lumière ou L'enclos à mouton qui pourrait être l'unique témoignage d'une œuvre peinte sur le motif. Une expo indispensable pour qui aime le dessin ou Le Lorrain.

 

Claude Le Lorrain, le dessinateur face à la nature, musée du Louvre, jusqu'au 18 juillet 2011.